CineMove

Le Clip, une notion conceptuelle (3ème partie)

Depeche mode, Wrong (Patrick Daughter, 2009)

 

D'un prime abord on croit que ce clip hautement anxiogène est monté à l'envers. Or, tout simplement, c'est la voiture qui ne cesse de reculer, comme on avance tête basse : à l'aveugle. Le concept rattache à l'inéluctable. Wrong, évoque ces mauvais choix que l'on fait, ces mauvais chemins que l'on arpente, qui font de certaines vies des destins tragiques. Sans pilote, mais avec un homme bâillonné à la place du conducteur, la voiture ne cesse de reculer, cogne d'autres voitures, écrase un passant... Le tout inlassablement. Le suspense tient en la survie ou non du passager, alors qu'il n'y a aucun espoir permis selon le thème de la chanson. L'épilogue en est la confirmation brutale et cruelle.

Nicolas Pratviel


Franz Ferdinand, Ulysses (ThirtyTwo, 2009)

 

Avec Tonight, les Franz Ferdinand en ont fini avec l’avant-garde russe et les collages dadaïstes arty pour explorer le monde de la nuit et ses tristes habitants, errant comme des damnés à la recherche de plaisirs inconnus. « Come on, let’s get high !» nous chante Alex Kapranos, mais la défonce qu’il nous propose n’est pas vraiment joyeuse. Entêtantes répétitions d’images cauchemardesques, le clip a tout d’un mauvais trip dont, tel le faux Ulysse du morceau, on n’arrive pas à revenir. Ralentis, explosion de la narration dont des bribes chronologiques nous reviennent comme autant de souvenirs désarticulés après une soirée d’excès, et montage eisensteiniencollant au rythme de la musique nous plongent dans un univers mental hallucinatoire, que les bribes d’une glauque réalité arrivent à difficilement pénétrer.

Victor Lopez

 

Metronomy, On the motorway (Jul et Mat, 2009)

La synesthésie est la confusion de deux sens, et donc l’état que recherchent nombre de clips, en traduisant des effets sonores en images. Jul et Mat, deux artistes français, s’amusent, par exemple, à peindre ici et en rythme, la musique déjà colorée des britanniques de Metronomy. Le procédé n’est certes pas nouveau (voir plus haut le Star Guitar de Gondry pour les Chemical Brothers), mais le résultat est d’une efficacité hypnotique et les taches de couleurs en perpétuel mouvement illustrent parfaitement l’électro foutraque du groupe. L’expérience est de plus symptomatique d’une nouvelle direction que prennent les clips grâce au développement d’Internet, et des sites de diffusion comme Daily Motion et You Tube via leur espace de création : le clip non-officiel. Jul et Mat ne sont en effet pas payés par la maison de disque de Metronomy et n’ont même rien à voir avec le groupe, ils ont juste décidé d’illustrer de leur côté ce morceau. Au vu de la créativité et de l’inventivité de certains vidéastes amateurs, il y a fort à parier que l’avenir du clip se joue là, plutôt que sur les chaînes musicales.

Victor Lopez

 

Vampire Week-end, Cousins (Garth Jennings, 2010)

Je sens en moi de la kiff attitude qui n'est pas prête de s'arrêter. Mon illustre collègue, Victor, me posait tout récemment cette pertinente question : « Ne serait-ce pas un plan séquence ? » Ah non ! Cela en a l’air, mais ce ne sont que des trompe-œil. Quelques plans coupés et donnant un rythme particulier, haché, tel est le pensum vidéo conçu par Garth Jennings. Posant sa caméra sur des rails de travelling, il va suivre et reculer tout en conservant la diablerie musicale imaginée par l’un des plus importants groupes actuels, Vampire Weekend. Le clip est court, dynamique et fait gagner du temps au spectateur qui n’aspire qu’à une seule chose : choper un partenaire pour allez fureter du côté des dance-floor.

Samir Ardjoum