Andrzej Wajda ou « l’envie de dépasser les difficultés de la vie à travers des mots et des images d’une étincelante rage »
Par Laurence Kerhornou le 2010-03-02 15:06:25La Cinémathèque de Paris organisa depuis le 9 février une énorme rétrospective autour d’Andrzej Wajda, figure légendaire du cinéma polonais. Focus sur une personnalité hors du commun. Le cycle se terminera le 14 mars…
Sommaire
L'histoire avec un grand "H"Jeunesse volée par la guerre
Folie et Rédemption par l’amour
Barbarie
Mensonge d’état
Notes d’humour et d’espoir
Critique DVD "Katyn" de Sonia Deschamps
Critique DVD "Katyn" de Sonia Deschamps
Katyn… C’est un lieu. La forêt de Katyn, lieu de l’indicible, de l’incompréhensible, de l’horreur… Après l’invasion de la Pologne en 1940, la police soviétique a massacré des milliers de prisonniers de guerre polonais, mais lors de la découverte des corps en 1943, Staline, avec à l’appui de ses dires une vaste campagne de désinformation, a mis le massacre sur le compte de l’Allemagne.
Si la jaquette du DVD fait apparaître le comédien, habitué des films de Wajda, Jan Englert, c’est principalement à travers les yeux des femmes – mères, épouses, sœurs – que se fait le témoignage dans Katyn.
Dur, le film ne peut que l’être de par le sujet dont il traite. Cependant, jamais le film n’est larmoyant, gratuitement violent… C’est avec une finesse extrême que le réalisateur nous conte ce drame de Katyn.
BONUS
Les bonus sont ici de réels – et magnifiques – compléments au film.
En premier lieu, sont proposés, à la suite, deux films de propagande. L’un provient des archives nazies, l’autre des archives soviétiques. Sur une même horreur, des images similaires, la découverte des corps dans la forêt de Katyn, deux discours opposés. Ça fait froid dans le dos. Ce n’est rien de le dire. Voir à quel point le pouvoir a pu (et peut donc) désinformer, faire dire ce qu’il a voulu à des images…
Autre bonus - et quel bonus ! – un entretien de 50 minutes avec le réalisateur. Ce dernier revient sur la genèse du film, sur l’impossibilité – liée au contexte politique polonais - pour lui de le réaliser avant 1989, impossibilité suivie de difficultés, notamment liées à la recherche de l’angle adéquat pour aborder le sujet.
Wajda évoque également, au cours de cet entretien, l’Ecole du Film Polonais, et son positionnement par rapport à celle-ci. Si l’usage, dans Katyn, a bien été fait de techniques nouvelles, le réalisateur indique que, sur le plan narratif, la recherche a été celle de « créer des réminiscences des films d’antan ». Et c’est ce qui lui fait dire que ce long-métrage est le dernier film de ce genre dans la cinématographie polonaise. Autre aspect du film évoqué : le point de vue adopté… Celui des femmes principalement.
Inévitablement, le réalisateur revient sur le massacre en lui-même, sur les faits et leur représentation. Il explique comment s’est prise la décision de « montrer » réellement ces meurtres, qui se sont fait un par un (le prisonnier est de dos, une balle vient se loger dans sa tête). Wajda précise qu’il a vraiment tenté de rendre compte d’anecdotes provenant de souvenirs, de faits authentiques…
Si le réalisateur a voulu faire un film qui accuse les assassins, ce n’était pas son unique dessein. Wajda a également – et peut-être surtout – voulu entraîner une réflexion sur ceux qui étaient à la tête de la vie politique de la Pologne à l’époque. L’occasion lui est alors donnée de revenir précisément sur le contexte politique d’alors. Wajda le dit, il aimerait que le film « soulève » le sujet. Il ne pense ainsi pas que ce film soit le dernier sur Katyn. Vous l’aurez compris, s’il dure 50 minutes, l’entretien s’avère passionnant de bout en bout.
Autre bonus, très éclairant sur le plan plus purement historique, un entretien de dix minutes avec Alexandra Viatteau, docteur en lettres russes et polonaises à l’Université Paris IV, également conseillère scientifique du centre de géopolitique à Paris. Enfin, un témoignage oral, celui de Joseph Czapski, prisonnier des Soviétiques en 1939 et ayant échappé de très peu au massacre de Katyn, qui se confie à Alexandra Viatteau.
Après avoir visionné le film et ses bonus, on est, pour ainsi dire, vidé. Le film est dur, assurément, il est tout autant, sinon plus encore, magnifique.
Sonia Deschamps












