Mad Men
Par test le 2010-03-09 11:33:02Alors que sort enfin en France la première saison de "Mad Men", CinéMove se penche sur un show qui a su redéfinir en trois petites saisons les critères d'une série de qualité en imposant sa révolution classique en ces temps de frénésie pop-moderne. Installez-vous confortablement, une Lucky à la bouche et un "Old Fashioned" à la main, et dégustez notre décryptage de ces trois premières magistrales années.
Sommaire
Saison 1 : "un véritable outil sociologique"Saison 2 : "Don’t think twice, it’s allright".
Saison 3 : "The Name is done".
Don Draper : l'homme, le père, Superman, l'Amérique
Saison 2 : "Don’t think twice, it’s allright".
Critique de Victor Lopez
La voix de Bob Dylan, qui abandonnait avec une triste ironie Don Draper à sa solitude à la fin de la précédente saison, semble encore résonner sur toute la seconde année de Mad Men. On attendait The Time, they are a -changin' : le passage en 1962 et l'ouverture à la modernité que représente l'élection de Kennedy le permettait... Mais non : la série refuse l'évidence et la facilité pour imprégner ses choix esthétiques d'une solide profondeur. Ce sont ainsi les paroles de Don't think twice, it's allright qui assurent le passage à la nouvelle année, en illustrant la thématique de la première saison, et en interrogeant celle de la seconde.

Basé sur le déni, que ce soit celui d'une grossesse, d'un changement d'identité ou même de l'acceptation d'une évidence (celle, justement, que les temps changent...), la première saison se terminait par un entonnant constat : les choses que l'on se cache ou qu'on dissimule aux autres n'ont finalement aucune importance. C'est la stupéfiante découverte que fait Draper lorsque son secret est finalement dévoilé, alors qu'il était allé jusqu'à tuer indirectement son frère pour le protéger : son patron, Bertram Cooper, le regarde brièvement, puis répond : "Who care ?". Cette inconséquence nouvelle est au cœur de la seconde saison, et affecte la mentalité de tous les personnages. C'est encore Don qui invite Peggy à suivre son chemin, lorsqu'après son accouchement, il vient la voir pour lui indiquer la marche à suivre : "It never happened. It will shock you how much it never hapened", lui dit il pour surmonter l'épreuve. C'est encore et toujours Dylan qui semble lui chuchoter : "It ain’t no use to sit and wonder why, babe, It don’t matter, anyhow"...
Cela ne dure cependant qu'un temps. Non que le passé rattrape toujours ses personnages (c'est un lieu commun partiellement vrai dans Mad Men et finalement tout à fait accessoire), mais cet enfouissement provoque plutôt une tristesse générale, un sentiment de culpabilité mortifère, qui donne son ambiance si particulière à la série. L'accumulation des non-dits, des mensonges et des hypocrisies ancre la série dans le mélo, mais le refus du show de les régler de manière claire et cathartique, l'entraine vers des rivages plus obscurs et moins cernables.
La série est ainsi plongée dans un perpétuel dédoublement, résultat des mensonges de ses personnages et de l'époque qui les crée, comme si l'amnésie volontaire créait une schizophrénie générale. Pour preuve de cet dualité, l'épisode 6 voit une campagne de publicité pour des soutiens-gorges séparer Jackie Kennedy et Marilyn Monroe comme deux types opposés d'un même idéal féminin de ce début des années 60, alors que le dernier plan montre un Don Draper lui-même dédoublé par un jeu de miroir extériorisant ses contradictions.

Sous ses dehors classiques et old-fashioned (le nom du cocktail préféré de Don Draper), c'est ainsi bien sûr de nos contradictions actuelles que parle la série. Et cela moins dans les multiples échos que l'on trouve, parfois de manière fortuite, avec l'actualité américaine en suivant le fils de l'histoire (cette saison présente une élection annonçant un espoir de renouveau, une menace omniprésente d'attaque et même la mort d'une célébrité - Marilyn Monroe - vécue avec autant d'émotion que celle d'une icône plus tardive - Michael Jackson) que dans les fêlures internes que provoque ce besoin toujours bien présent de cacher sous le masque de l'indifférence et de l'optimisme des traumatismes profonds et anciens. Et finalement, la publicité n'est là que pour les camoufler encore un peu plus...
Victor Lopez












