Premiers Plans 2010 : Pérégrinations cinéphiliques à Angers.
Par Victor Lopez le 2010-02-05 14:54:00C’est à la fin du mois de janvier que s’est tenue la 22ème édition du Festival des Premiers Plans d’Angers. Si on a pu y croiser Jeanne Moreau (venue rendre un « geste d’amour » à Guillaume Depardieu), Bernadette Lafont (pour parler de Jacques Baratier) et pas Alain Delon (souffrant, l’interprète de l’inoubliable Jeff Costello a annulé son hommage à Melville pour laisser sa place à deux hommes de l’ombre au chapeau ne laissant aucun doute sur leur admiration : André S. Labarthe et Rui Noguiera), les salles étaient surtout occupées par la jeunesse. C’est en effet une sélection pointue et éclectique de premiers films européens que présentait, comme chaque année, le festival. Et la plupart étaient accompagnés de leurs jeunes auteurs. Naviguant entre les cinémas de la ville au grès des envies (comment passer à côté de la rétrospective Melville, résister à l’occasion de revoir "Profondo Rosso" sur grand écran dans le cadre d’un Panorama sur la peur au cinéma ou au plaisir que procure la bouffée d’air frais des deux premiers films de Salvadori ?) et obligation professionnelle auto-imposée (privilégier les premiers longs-métrage), je me baladais l’esprit plein d’images une semaine durant entre les cinémas du centre ville.
Sommaire
Attention d’Angers.Premiers plans des premiers films. Partie I : Les Oliveiriens.
Premiers plans des premiers films. Partie II : Les Coenniens et les Aldrichiens.
Europe 2010 : Solitude, abandon, et sourire mélancolique.
Jean-Pierre Melville : Le Silence de la mer ou comment voir un premier film 60 ans après.
Guillaume Depardieu, l’apprenti…
Hommage à Jaques Baratier, cinéaste au perpétuel premier film.
Ander : Entretien avec Roberto Caston.
Adas : Entretien avec Roland Vranik.
Ander : Entretien avec Roberto Caston.
La présentation d’Ander de Roberto Caston nous a tellement impressionnés à Angers que nous avons eu envie de poser quelques questions à son prometteur auteur, Roberto Caston. Et bonne nouvelle pour nos lecteurs, cette découverte basque sort sur les écrans français dès le 17 février.

Comment est né ce film ?
L’idée est m’est d’abord venue car je dirige un festival de films gays à Bilbao, et aucun film ne traitait jusqu’alors de cette thématique dans un milieu rural. Je voulais aussi y insérer la thématique de l’intégration. C’est là la base du film. Mais ce n’est pas un film centré sur l’homosexualité. C’est la solitude qui en est son centre et tous les personnages y sont confrontés : la solitude de l’immigré, avec José, celle de la femme qui attend en pure perte son mari, celle d’Ander, celle de la mère qui ne va pas franchir le pas dans sa relation avec l’homme qu’elle aime, etc. Le film est surtout une juxtaposition de différentes solitudes. Il me semble que cette thématique permettait au film, qui se situe dans une petite vallée refermée sur elle-même, de trouver un écho quel que soit l’endroit où le film est projeté.
Pourquoi avoir situé le film en 1999, et insister sur la menace latente du bug de l’an 2000 ?
Il y a deux raisons. Tout d’abord, la raison est politique. On est dans une époque d’avant Zapatero, qui a mené à bien une série de réformes qui ont modifié la société espagnole. L’autre raison est métaphorique. Il y avait avec ce bug de l’an 2000 qui devait tout faire sauter une peur irrationnelle, alors que rien ne s’est finalement produit. C’est la même chose pour Ander, qui a la même peur face à son homosexualité. Il y a aussi une troisième raison puisqu’en 1999, beaucoup de latinos et de magrébins du Maroc sont arrivés dans les campagnes espagnoles, pour cultiver la terre. Ils étaient arrivés quelques années auparavant pour travailler dans les villes, sur les chantiers de construction, par exemple. Mais travailler la terre était assez nouveau à l’époque. José apparait donc presque comme un extra-terrestre, surtout pour la mère. Non seulement, il arrive de l’extérieur, mais d’un autre continent… L’enjeu du film était alors que la fin, avec cette thématique d’intégration et de l’immigration, puisse être crédible. Cela me permettait aussi de montrer que d’autres modes de vie sont possibles, notamment dans la construction d’une cellule familiale.
Comment avez-vous travaillé la lumière du film ?
On a eu un petit problème technique avec le laboratoire lors du transfert de la HD au 35 millimètres qui donne une impression de surexposition. C’est le problème d’avoir peu d’argent… On ne pouvait éternellement retourner les séquences. Je voulais un éclairage très réaliste, que j’atteins lors de certaines séquences. Pour d’autres, le résultat n’est pas parfait. Je voulais m’approcher du documentaire et que tout soit le plus réel possible. L’interprétation a cette visée réaliste. L’utilisation de la musique entre aussi dans cette approche réaliste. Je voulais aussi marquer ce réalisme en séquences bien découpées entre elles. C’est la raison pour laquelle j’utilise ces écrans noirs de quelques secondes entre les séquences, pour bien marquer les transitions, les ellipses. Cela me semble nécessaire comme pause pour récupérer d’une émotion que l’on vient d’avoir et se préparer à une nouvelle. Il y a de même dans le film quelques petites notes d’humour, qui répondent au même objectif : récupérer et souffler un peu, pour que l’impression ne soit pas pesante et écrasante.
Combien de temps le tournage a-t-il duré et quel était le budget du film ?
Cinq semaines pour le tournage, et le film a couté un demi million d’euros. Ce qui est peu… D’autant plus que tous les collaborateurs du film, du directeur de la photo au monteur, étaient novices et travaillaient sur leur premier film. Ils ont vraiment fait un travail remarquable que je salue.
Comment le film a-t-il été reçu en Espagne ?
Le film va sortir en France le 17 février, mais il n’est pas sorti en Espagne. Il y sortira après, peut-être au mois de mars. La situation du cinéma en Espagne n’est pas pareille qu’en France et cela se ressent sur la distribution. On n’y trouve pas cet amour pour les films qu’il y a ici. Et Ander a deux problèmes, au moins… C’est un film d’auteur, et inconnu en plus, et avec des acteurs – très bons – mais inconnus. En plus, la moitié du film est en basque, et doit donc être sous-titrée, ce que les espagnols détestent. A part Madrid, Barcelone et éventuellement Séville, les cinémas ne diffusent pas les films en VO. Quand on rajoute à cela la thématique de l’homosexualité, c’est compréhensible que le film ait quelques problèmes pour sortir là-bas. Enfin, si c’était une comédie, ça passerait mieux…
Vous avez des projets ?
Je travaille sur un second long métrage, pour lequel j’espère avoir plus d’argent, ne serait-ce que pour tourner directement en 35 millimètres. La forme va être très différente, car ce sera en milieu urbain, avec plusieurs histoires qui vont s’imbriquer, mais je vais continuer à interroger ces thématiques de la solitude, des occasions manquées et à saisir, la famille, et l’acceptation de soi-même. Il y aura peut-être un tout petit peu plus d’humour…











