Le Temps des séries.
Par test le 2010-02-04 11:20:42Genre populaire par excellence, les séries se font naturellement le miroir des époques qui les créent. Depuis leur apparition à l’orée des années 50 jusqu’à l’âge d’or qu’elles connaissent aujourd’hui, elles n’ont cessées de se nourrir des modes, des bouleversements politiques, des sociétés, des modes de vie et des mentalités environantes, influant même parfois, par un effet boomerang, sur leur temps. Démonstration décennie par décennie…
Sommaire
Les années 50 : "Alfred Hitchcock présente"Les années 60 : "Le Prisonnier"
Les années 70 : De "Columbo" à "Starsky et Hutch".
Les années 80 : "Miami Vice".
Les années 90 : De "Friends" à "Seinfeld", le renouveau de la sitcom.
Les années 2000 : "24".
Les années 70 : De "Columbo" à "Starsky et Hutch".
Bien qu’étant toutes deux policières, ces deux séries phares de la décennie 70 sont diamétralement opposées et illustrent à elles seules le bouleversement d’un genre à la croisée des tubes cathodiques, dont le changement de styles a pris la forme d’un grand écart entre classicisme et modernité, romantisme et réalisme, bourgeoisie et prolétariat.

D’un côté, il y a donc Columbo, qui semblait perpétuer la tradition des séries à papa, menées à un rythme pépère, telles L’homme de fer, Perry Mason ou Mannix, par ailleurs toutes créées dans les années 60. A l’image de son protagoniste principal, incarné par l’excellent et trop souvent mésestimé Peter Falk, il ne faudrait pourtant pas se fier aux apparences trompeuses d’une série bien plus complexe qu’elle n’en a l’air. Ne serait-ce d’abord que pour son modus operandi, qui ne consiste pas à trouver qui est l’assassin (dévoilé en préambule de chaque épisode), mais qui propose de découvrir comment Columbo va le confondre. Qui plus est, chose extrêmement rare, Columbo ne se sert quasiment jamais d’une arme à feu. Il faut dire que son terrain de chasse se situait généralement chez les gens très riches, chez qui la bienséance implique de se faire arrêter sans esclandre, ni violence, ni fuite. Une unité de lieu qui évoque en filigrane la lutte des classes, avec ce plaisir si savoureux de voir ce petit lieutenant mal peigné, mal fagoté, faussement benêt, finalement piéger ces gens de la Haute, trop longtemps imbus de leur personne. Et dans les années 70, le foyer américain, mais également français, se régalaient de voir la petite gens fesser les notables avec un bouquet d’orties échappé du flower power. Columbo symbolise certes une contestation issue « du canapé », mais son succès s’appuie aussi et surtout sur la qualité de ses scénarios déconstruits, très tendances en ce début de millénaire, puisque les NCIS ou Cold Case fonctionnent sur ce principe. Last but nos least, face à Peter Falk on retrouvait régulièrement une guest star, comme Johnny Cash, John Cassavetes, Faye Dunaway ou Patrick McGoohan (Le Prisonnier) qui interpréta plusieurs méchants et réalisa quelques épisodes à l’instar du jeune Steven Spielberg.
Chez Starsky et Hutch, il n’y avait en revanche pas de place pour de telles mondanités. Très réaliste dans sa reconstitution de la rue, de ses endroits interlopes, de sa criminalité, la série est une sorte de French Connection du petit écran, avec quelques légères touches blaxploitation. Le rythme est nerveux, l’action plutôt rondement menée et les enquêtes évitent la redondance. Le coup de fouet est cinglant pour les Hawaï Police d’état et autres Kojak de l’époque véritablement dépassés. Contrairement à ses concurrents, Starsky et Hutch prend le pouls de la société criminelle américaine pour conduire le spectateur là où il n’a pas encore eu l’habitude de fouiner, et qui découvre au passage que l’afro-américain peut aussi être un indic sympa (Huggy « les bons tuyaux ») ou un supérieur hiérarchique, tout aussi sympa, mais colérique (Captain Dobey). Cette radiographie sans détour, qui n’hésite pas à refléter une image peu reluisante de la rue préfigure en ce sens –mais toute proportion gardée- des œuvres aujourd’hui références du genre comme The Shield. En outre, la série est celle qui retranscrit probablement le mieux l’ambiance funkie de l’époque, où la coolitude était reine malgré une violence sans cesse grandissante. Cette équation s’applique d’ailleurs aux deux héros de la série, dont le profil à la fois détendu et agressif ferait ensuite école pour les buddy movies à venir, tels L’Arme fatale. Ce concept du « duo que tout oppose mais voué à devenir amis pour la vie » est ainsi né avec Starsky et Hutch, il est vrai interprété avec une parfaite alchimie par Paul Michael Glaser et David Soul. De leurs coupes de cheveux jusqu’à leurs fringues, ils incarnent les années 70, au point qu’aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui cherchent dans les fripes le chandail en laine de Starsky ou ses Adidas SL76. Sans oublier les rois du tunning, prêts à tout pour faire ressembler leur voiture en Ford Torino rouge à bande blanche. Des objets cultes, presque autant que la Peugeot 403 de Columbo et ses impers.
Nicolas Pratviel.












