Le Temps des séries.
Par test le 2010-02-04 11:20:42Genre populaire par excellence, les séries se font naturellement le miroir des époques qui les créent. Depuis leur apparition à l’orée des années 50 jusqu’à l’âge d’or qu’elles connaissent aujourd’hui, elles n’ont cessées de se nourrir des modes, des bouleversements politiques, des sociétés, des modes de vie et des mentalités environantes, influant même parfois, par un effet boomerang, sur leur temps. Démonstration décennie par décennie…
Sommaire
Les années 50 : "Alfred Hitchcock présente"Les années 60 : "Le Prisonnier"
Les années 70 : De "Columbo" à "Starsky et Hutch".
Les années 80 : "Miami Vice".
Les années 90 : De "Friends" à "Seinfeld", le renouveau de la sitcom.
Les années 2000 : "24".
Les années 60 : "Le Prisonnier"
« La raison pour laquelle c'était déroutant, et décevant pour les spectateurs, je pense, était qu'ils attendaient une fin similaire à celle d'un James Bond, avec un homme mystérieux, un grand chef ou ce genre de chose qu'on trouve dans ces films ; et bien sur ce n'était pas du tout l'intention. L'objet était le plus grand mal dans l'être humain, l'essence humaine ; et c'est nous-mêmes, car en chacun de nous la plus dangereuse chose terrestre, c'est ce qui est en nous. Et c'est pour ça que j'ai fait le n°1 : soi-même, une image de soi-même qu'il essaye de battre. » En 17 épisodes, Patrick McGoohan, acteur et producteur, va insuffler à la petite lucarne internationale une forme épurée du mystère qui deviendra la référence ultime. Le Prisonnier, tout le monde le connait, beaucoup n’ont jamais tenté de se coltiner cette série par crainte de ne plus être comme avant. Ils ont raison !
Nous sommes en 1967 quelque part en plein Londres, le temps de psychédéliser les sentiments. Ray Davis avec les Kinks, gratte sur sa guitare les mélodies de Waterloo Sunset, Les Rolling Stones parsèment les ruelles de Whitechapel de leur Sympathy for the Devil tandis que Sean Connery crevait l’écran en savourant le costume de James Bond. Une autre période qui puisait dans le libertinage et surtout dans les expérimentations visuelles, sensitives, sexuelles…tout quoi ! A cet instant, McGoohan qui venait de triompher avec Destination Danger durant 8 années, a l’idée d’un objet instantané, représentatif de son Temps et fourmillant d’indices précieux. Le spectateur ne se remettra jamais de ce jeu de piste audiovisuel et dont le Cinéma mourrait de jalousie de n’avoir pas eu l’idée.
Un agent secret britannique, après avoir posé sa démission, décide de quitter Londres. En préparant sa valise, un gaz se libère et envahit son appartement. A son réveil, il constate qu’il n’est plus chez lui, mais dans un Village composé de prisonniers et de geôliers. Lui, c’est le numéro 6 et son objectif premier sera de s’évader de ce lieu énigmatique.
C’est la seule série dans l’histoire de la Télévision qui se finit sur un cul-de-sac sans que l’on sache qui est réellement le fameux numéro 1. Nous ne le savons pas, mais chacun d’entre nous a sa petite idée. Et le fait d’avoir une pensée, un imaginaire autour de cette intrigue, fait que Le Prisonnier est unique en son genre. McGoohan n’a jamais voulu créer une issue, mais plutôt des pistes éparpillées dont seul le spectateur exigeant pourra emprunter à sa guise ou revenir sur ses pas. Ce jeu de rôles peut dans un premier temps irriter la pupille de celui qui fut trop longtemps formaté avec des Séries dénuées d’originalité. Mais pour apprécier une œuvre intelligente, il faut savoir faire des concessions.
Il y a quelques mois, la chaine américain AMC diffusa un remake de la série. McGoohan voulut même en faire une adaptation cinématographique. Et moi au beau milieu de tout cela, je me triture l’esprit depuis une vingtaine d’années pour mettre un visage sur ce numéro 1 ! Et si ce n’était que moi…
Samir Ardjoum.












