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Les films de Tavernier ressemblent à des pièces du boucher périssables

Il est toujours surprenant de voir un film de Bertrand Tavernier car l’ancien critique de cinéma et cinéphile de renom a toujours une viande plus ou moins périssable dans son assiette. Ses films ressemblent à un diner où le plat principal serait une grosse pièce du boucher tantôt saignante ou bien à point. Lorsque cette dernière configuration surgit, on peut s’attendre à un film dénué de la moindre expression visuelle, et amplifié par un raccourcissement du sujet qui pourrit l’atmosphère. Prenons l’exemple de son précédent film, Dans la brume électrique, réalisé aux States. Quoique légèrement maladroit dans sa forme, ce film a le mérite de tisser un émouvant retour sur une géographie cinématographique qui berça la cinéphilie de Tavernier. En cela, le film est intact de sobriété et participe à une revalorisation du classicisme en le pourfendant de l’intérieur. Ingénieux, original et vivant.


Dans La Princesse de Montpensier, c’est le contraire atteint à son paroxysme. Que vient faire ce film français dans la compétition surtout après le dynamique Tournée de Mathieu Amalric ? Que vient faire cette méthode de filmage aussi désuet que le premier clap du cinéma ?

Adapté d’une nouvelle de Mme de La Fayette qui n’avait pas son pareil pour escamoter l’outrecuidance des rustres vieillots et asservis par le temps qui passe, il est évident que la surprise reste de taille devant cette proposition d’un cinéma qui ne convainc aucunement en raison de la pauvreté des intentions et l’absence d’une respiration qui aurait pu titiller le texte original., Camus disait d’elle que « Sa simplicité réelle était dans sa conception de l’amour », rejoignant la cause affirmée de Tavernier qui a souvent éparpillé ce bel adage dans une filmographie en dent de scie (Passion Béatrice ou L’Appât). Il avoue aussi avoir réinventer quelques dialogues afin de mieux capter la vérité intérieure du récit et ce par de nombreuses injections de scènes de duel ou de guerre.

Cette histoire de rivalités amoureuses entre 4 mâles et 1 donzelle qui sait se faire apprécier, est dépourvue de ce souffle qui parfois fait chavirer les cœurs et les corps impatients. Trop terne, trop lisse, trop redondant, où donc se terre la folie du cinéaste/cinéphile qui devrait savoir créer le contrepoint au formatage puéril. Car, ce cinéma pratiqué dans les vieux pots et qui fut dénoncé par Truffaut and Co, revient sans cesse mais avec une retranscription assez coquine. Que cela soit dans la comédie, le drame, ou le policier, les films français se ressemblent tous, supportant la poussière des meubles Louis XIV et prenant un malin plaisir à servir une viande périssable à des spectateurs victimes. Que Tavernier adapte librement ce texte, il en a le devoir, qu’il se permette d’en redonner un sens nouveau pour mieux faire passer la pilule, c’est un acte de destruction massive. Il résumé grossièrement ce qui faisait la richesse des nouvelles de Madame La Fayette : sa modernité !


Samir Ardjoum