Cannes 2010 : Vendredi 14 mai 2010
Par test le 2010-05-15 13:02:49Sommaire
Cannes vous aspire et ne vous lâche plusQui est Hideo Nakata ?
Cannes vous aspire et ne vous lâche plus
La folie cannoise, cette année, comme Jeanne Mas, c’est « ma toute première fois ». Il était temps que je découvre le loup, que je quitte mon adolescence cinématographique parisienne et que je devienne un adulte cannois. Ca y est, j’y suis, j’ai vu mais je n’ai pas vaincu. On ne peut pas vaincre Cannes. Cannes vous aspire et ne vous lâche plus. C’est un monde gigantesque, peuplé de petits êtres humains aux lunettes teintées et aux colliers de marque Orange où virevolte leur principale immatriculation sociale, l’accréditation.
A Cannes, on ne vous regarde pas dans les yeux, on vous reluque la couleur de votre accréditation pour savoir si vous méritez l’attention. La mienne est plutôt bien acceptée mais je sens honteusement que je ne suis pas encore quelqu’un d’important. Après trois projections sans histoire, j’ai essuyé mon premier « Désolé, c’est complet. » après une heure et demie de file d’attente. Un peu vexé, je cirais mon accréditation, la présentais fièrement sur mon torse et paradais sur la croisette devant la populace cannoise et autres passionnés de faits divers people. Cannes vous fait faire n’importe quoi, jusqu’à renier vos convictions sociales comportementales.

Cannes c’est aussi du cinéma. C’est surtout du cinéma.
On peut circuler dans le Marché du film (enfin…je peux circuler, j’ai l’accréditation permissive, je suis quelqu’un) et découvrir les affiches et bandes annonces des futurs succès thaïlandais ou mexicains. Je peux même accéder à la projection de Titanic 2 ou de Snakes on a train si j’en ai envie. Mais je n’ai pas envie. Quoique…
Cannes me donne envie de tout voir, de tout découvrir. Mon dépucelage cannois explore mon 7ème sens, celui du 7ème art. Bref, Cannes réveille en moi le tourbillon d’un vent de folie.
Je retiens chaque nom de générique de film jusqu’à l’assistant perchiste, je lis les sous-titres français ET anglais, j’entre dans une projection avec la curiosité généreuse d’imaginer que je peux assister à une histoire qui va bouleverser mon existence ou me rendre furieux et de vouloir en débattre avec mes voisins de projection même si je ne parle pas l’espagnol ou le mandarin. Les festivaliers vivent à des milliers de kilomètres mais communiquent avec cet esperanto visuel, le cinéma.

DRAQUILA / Séance Spéciale (Sabina Guzzanti)
Mon excitation est à son comble quand je m’installe dans un fauteuil rouge devant la large toile qui diffusera le film qui inaugurera mon festival. La salle est pleine pour accueillir Sabina Guzzanti et Draquila, son documentaire délicatement dénonciateur des actes de Silvio Berlusconi et de sa fine équipe de corrompus mafieux lors de l’évitable tremblement de terre de L’Aquila du 6 avril 2009.
Plus sincère et moins moralisatrice qu’un Michael Moore, Guzzanti promène sa caméra dans l’Italie Berlusconienne et montre une population ignorante effarante refusant de voir la réalité dans leur quotidien ubuesque bouleversé par une poignée de manipulateurs financiers véreux. Un film dérangeant dans son pays ce que Thierry Frémaux résumera efficacement en présentation du film : « Le ministre de la culture italien a déclaré qu’il boycottait le festival de Cannes, ça tombe bien il n’était pas invité ».
Une ovation soudaine envahit la salle après une heure et demie de constations cyniques et ahurissantes où les habitants de L’Aquila se résument à de vulgaires cobayes pour l’Etat italien. On savait déjà que Berlusconi avait la mainmise sur les médias, on apprend que la mafia tient le bonhomme et que par conséquent la mafia contrôle aussi les médias. Il reste le cinéma comme outil médiatique et culturel d’une autre pensée, d’une autre Italie qui peut produire Gomorra, Videocracy ou Draquila.
![]()
Amalric et De Oliveira : nouveau regard !
D’autres émotions puissantes suivirent avec Tournée de Mathieu Amalric et O estranho caso de Angélica de Manoel de Oliveira. La justesse saisissante du regard d’Amalric sur l’homme et surtout les femmes à travers cette troupe d’artistes Néo-Burlesques déjanté et enfantine. Il ose dire que nous sommes tous des artistes, que nous portons en nous des masques et des costumes qui forment notre personnalité parfois rugissante, parfois pleureuse mais que pour créer il faut en avoir conscience. Un film généreux de gonzesses sexys menées par un chef d’orchestre bancal mais inspiré où on s’insulte avec amour.
Oliveira s’amuse dans un autre univers, plus calme, plus expérimental et très nostalgique des longues et rudes séances quotidiennes de culture de la terre à la bêche. Des effets spéciaux poussiéreux et une mise en scène théâtrale sur un rythme effrénément lent offrent une candeur jouissive à son personnage de photographe éperdu de l’âme blonde d’une jeune fille qu’il vient de prendre en photo le jour de sa mort.
Demain, je vais voir quatre films, dans quatre langues différentes.
Je suis à Cannes et tout va bien.
Csaba Zombori











