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Luc Besson : le ciné-fils maudit !

  Par test le 2010-04-14 18:43:30

Il revient avec une adaptation BD de Tardi, "Adèle Blanc-Sec" dont la très belle Louise Bourgoin prête ses traits. Toujours l'opportunité pour CinéMove de revenir sur une filmographie, de la titiller et de lui donner un regard ludique et néanmoins teinté d'une analyse rigoureuse. Besson, un cinéaste maudit ?

Sommaire

Le Dernier Combat (1983) / Subway (1985) / Le Grand Bleu (1988) / Angel-A (2005)
1990 : Nikita
1994 : Léon
1997 : Le Cinquième Élément
1999 : Jeanne d'Arc

Le Dernier Combat (1983) / Subway (1985) / Le Grand Bleu (1988) / Angel-A (2005)

La Critique de Samir Ardjoum

 

Luc Besson est le seul artiste dans le milieu du cinéma français, qui peut trouver des financements, en écrivant quelques lignes sur du papier hygiénique, de couleur rose bien évidemment. L’analyse est certes facile, mais définit l’essor inimaginable d’un cinéaste, passionné par la mer et Spielberg, et qui connut une heure de gloire (les 9 millions de spectateur pour Le Grand Bleu, film-culte de toute une génération) aussi bénéfique que critique (les ardents défenseurs du cinéma émotif ont tout simplement éreinté le réalisateur).

Besson est un cas atypique dans le cinéma français ; producteur de films commerciaux qui s’exportent considérablement à l’étranger (Taken a généré 145 millions de dollars aux USA devenant le plus grand succès français au pays de Steven), touche-à-tout même dans les films réalisés par ses disciples, scénariste largement moqué et grand ami avec le gotha des comédiens français, Besson calme ses détracteurs par des dénigrements qui font sourire et parfois rire jaune (il choisit consciencieusement les journalistes qui assisteront aux projections de presse de ses « films »).

Pour mieux comprendre les intentions filmiques de ses trois premiers films ainsi que d’Angel-A (le seul qui rejoint la démarche artistique de ses débuts), il fallait poser l’introduction ci-dessous pour mieux cerner un personnage qui, durant quelques années, réalisait des films d’auteur, qu’on le veuille ou non !

Une anecdote d’un de mes confrères chez CinéMove, Antoine Benderitter, pourrait définir amplement l’esprit d’un film bessonnien. Lorsque Le Grand bleu prit possession des écrans français, le critique de cinéma, Serge Daney, questionna quelques enfants devant les salles de cinéma. La réponse fut toujours la même : « Nous retournons le voir car nous voulons comprendre ». Besson calque son émotion sur une incompréhension totale de ses intentions, souvent vampirisées par un trop-plein de naïveté qui frise le ridicule. Cela ne change en rien la donne, car pour mieux cerner une innocence, il faut la contempler et l’analyser.

Le Grand bleu, effectivement, prête au sourire car chacune de ses séquences sombre la réalisation d’un technicien hors-pair qui très souvent fait des films pour s’inscrire définitivement dans l’Histoire du cinéma français. Le Dernier combat, film apocalyptique et muet, aurait pu engendrer un cataclysme conséquent car le cinéma français avait cruellement besoin de se renouveler. Eloigné d’un cinéma qui tirait sur les larmes amères du spectateur giscardien, Besson, tout seul comme personne ne le fut autrefois, déposa un scénario co-écrit avec le futur réalisateur, Pierre Jolivet (Ma petite entreprise) et s’empara de la caméra. Le résultat, en plus d’une rupture colossale avec son ami Jolivet, fut extraordinairement positif sur un plan financier. Puis arriva Subway qui défraya la chronique avec son lot de stars (Adjani, Jean Bouise, Michel Galabru), avec ses références ciné US (Spielberg, Lucas, Kubrick), avec une musicalité assez eighties donc facilement pop (la musique d’Eric Serra et de Louis Bertignac) et surtout avec l’apparition d’un Luke Skywalker du pauvre, crinière blonde et rastignac du verbe, l’unique Christophe Lambert. Quelques années plus tard, Besson, qui vécut une décennie placée sous le signe de sa propre boite, EuropaCorps (productions à foison), réalisa en 2005 un film complètement intimiste avec un Jamel Debbouze égaré dans les ruelles parisiennes, sorte de John Doe se réappropriant la verve gauche d’un James Stewart (Angel-A est un remake non avoué du film de Capra, La Vie est belle).

Ces quatre films étonnent plus qu’ils n’irritent. Besson qui a toujours défendu le public (et il a raison), se voulant le chantre d’un employé direct du divertissement, s’est éloigné dans un premier temps de leur considération en signant des œuvres personnelles donc dénuées d’un travail sur le spectacle. Nous ne pouvons le lui reprocher car ce désir est honorable et dresse une atmosphère reconnaissable entre mille. Cet auteur s’amourache de séquences chocs qu’il mitraille tout au long d’un film pour mieux rameuter le spectateur qui aurait l’eu outrecuidance de s’égarer le temps d’un sommeil mérité.

Du Dernier combat à Angel-A, le cinéma de Besson se caractérise par un laisser-aller à l’esthétisation facile qui serait représentée par des images chics donc tocs. Le cinéma, selon besson, serait la passerelle entre l’enfance et le désir de devenir adulte. Besson, au début de sa carrière, souhaitait ardemment qu’on le reconnaisse, qu’on accepte son côté « autodidacte », qu’on observe attentivement ses différents messages et qu’on lui prenne la main afin de mieux le conserver. Cela n’a pas été fait car parfois les tenanciers des bars d’auteurs ont la gâchette facile et surtout le sens du cloisonnement qui parfois fait honte. Effectivement, les films de Besson puisent dans le sentiment facile, lui retirant le je-ne-sais-quoi qui donnerait l’utilité permanente d’être en face d’une œuvre en construction, et éloignée certes d’un sens cinématographique qui ne peut sensibiliser.

Ce que nous pouvons déplorer, c’est de n’avoir pas eu le temps escompté de suivre cette œuvre qui sans doute aurait un pris un virage important et intéressant car chaque fois qu’un cinéaste expérimente, il se doit d’être pris au sérieux, donc d’être analysé avec lucidité et non mesquinerie.

Besson, il vous manque certainement le « r » de Bresson, mais entre nous, on s’en fiche !