CineMove

Mad Men

  Par test le 2010-03-09 11:33:02

Alors que sort enfin en France la première saison de "Mad Men", CinéMove se penche sur un show qui a su redéfinir en trois petites saisons les critères d'une série de qualité en imposant sa révolution classique en ces temps de frénésie pop-moderne. Installez-vous confortablement, une Lucky à la bouche et un "Old Fashioned" à la main, et dégustez notre décryptage de ces trois premières magistrales années.

Sommaire

Saison 1 : "un véritable outil sociologique"
Saison 2 : "Don’t think twice, it’s allright".
Saison 3 : "The Name is done".

Don Draper : l'homme, le père, Superman, l'Amérique

Saison 1 : "un véritable outil sociologique"

Critique de Samir Ardjoum

 

Cela risque de devenir un leitmotiv : une bonne série TV se voit clairement dès le générique. Plus l’opening credit est savamment pensé, plus la suite sera intrigante. Calquée sur une construction à la Saul Bass (générique de Vertigo ou de L’homme aux bras d’or), les lignes de fuite de la silhouette se faufilent entre deux tempos harmonieux et effrayants à la fois. Entre affichages publicitaires (la forme de Mad Men) et chutes intemporelles et (le fond de Mad Men), notre costard cravate tombe des nues, ne sait plus où s’orienter et finit logiquement sur un canapé, dos au spectateur et savourant une fausse banalité. Mad Men peut enfin débuter.

En trois saisons, la création de Matthew Weiner (scénariste/producteur de The Sopranos et d’Une fille à scandale) a chamboulé le monde étriqué des Networks US en lui offrant quelque chose de vif et éclairé. S’engouffrer dans le monde carré et fumeux des Mad Men, c’est renouer avec l’adrénaline des Sopranos et des Six feet under, deux évènements légendaires qui resteront gravés dans l’esprit des cultivés.

Des heures d’investigations, des tonnes de documents, des études sur les décors et autres coutumes du début des années 60, un véritable et cinématographique travail sur la lumière mais aussi sur la composition d’un plan (souvent, les séquences sont filmées de façon à privilégier le décor, lui donnant une supériorité sur le personnage), tout cela pour donner au final, un résultat qu’un Sam Mendes n’aurait pas renié (On pense très souvent aux Noces rebelles).

Mad Men claque les nantis car cette série apporte un réconfort perdu depuis l’arrêt des Sopranos. Le cinéma US dégringole constamment mais est très vite raffermi par les intentions de certains auteurs provenant de la Télévision. Mad Men en est l’exemple frappant. En 13 épisodes, Weiner hitchockise sa construction narrative en y insufflant un suspense dont l’origine serait la lente descente aux enfers du personnage principal, le redoutable et douteux Don Draper (magnifique Jon Hamm). Publiciste infernal, fumeur de clopes invétéré, dragueur impénitent, et buveur d’un très bon Old-Fashioned, Draper, comme l’écrit justement Nicolas Pratviel de CinéMove, est un concentré moral, sociétal, sexuel et physique d’une Amérique qui tente de se reconstruire suite à un passé troublant et historiquement dépressif. En cela, Mad Men convainc rapidement car lorsqu’une création artistique se prend la peine de convoquer les traumas de l’Histoire, cela devient un véritable outil sociologique.


Samir Ardjoum