CineMove
Air Doll

Critique Air Doll

Par Caroline Pesenti le 2010-06-15 21:17:13
Un film OVNI dans l’oeuvre de Kore-Eda, si étonnant de légèreté et de maladresse que rien ne peut le relever, pas même la remarquable Bae Doona dans le rôle de la poupée gonflable.

Notre note :
4 / 10

    Notre critique

Air Doll a des airs de conte de Pinocchio remasterisé façon post-moderne. C’est-à-dire: désenchanté. Un homme esseulé vit le parfait amour conjugal avec sa poupée gonflable tant il ne trouve rien de plus enviable qu’une bonne femme qui sourit imperturbablement à toutes ses fadaises, ne l’interrompt jamais et se laisse déshabiller en un tour de main. Mais un beau matin, la poupée prend vie et s’en va aussitôt découvrir le monde avec le regard aussi neuf qu’un enfant. Lorsqu’elle rencontre Junichi, un charmant vendeur de video-club, elle découvre alors le cinéma, le japonais, et les affres du coeur quand on en a un. Sans oublier bien sûr...l’amour, dont la belle métaphore n’est pas le coït, mais le souffle.


 Parallèlement, l’histoire nous embarque dans le voisinage où l’on fait la connaissance de Miki, une jeune boulimique; Keiichi, un vieil homme grabataire et solitaire; Toru, un adolescent qui découvre sa sexualité devant des films pornos; ou encore Sonoda, le fabricant de poupées aux airs démiurgiques. Et pour qui n’a pas encore compris le propos, les dialogues surlignés de mots clefs tels que «ersatz», «solitude», ou «manque»...viennent apporter du renfort pour en assurer l’univocité.

Ainsi, au départ, le canevas de la poupée sexuelle qui, tout audacieux qu’il puisse paraître, n’est plus une audace à l’écran (Monique de Guignabodet, en passant par la banalisation des séries télé telles que Love and married, Ally McBeal...). Et au final, un conte bien-pensant que ce refrain des Beatles «Ah look at all the lonely people...» suffit à résumer. À la rigueur, on concède quelques moments de grâce où Kore-Eda semble reprendre possession de l’histoire qu’il raconte (notamment la poésie grotesque des scènes d’amour aux sonorités grinçantes du latex), mais ils sont si rares qu’ils constituent une exception à la règle.

En somme, tout se passe comme si Kore-Eda avait tenté par les beaux sentiments de nous divertir d’un scénario cousu de fil banc, dont le principe fondé sur le «Et si...?» condamne à une intrigue purement descriptive et molle. Gide disait d’ailleurs très justement que «c’est avec de beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature», en omettant toutefois d’ouvrir au champ des arts en général les méfaits du navet vertueux.

Au fond, la question n’est pas de juger le bien-fondé de la morale de Air Doll, mais d’évaluer à quel degré elle est ou n’est pas personnelle. Car d’une certaine manière, aujourd’hui le consensuel est partout, même dans le pied-de-nez, le bras d’honneur ou le coup de pied.

Mais enfin, comment expliquer la subite fragilité de ce «regard» ? Fragilité presque insultante après Nobody Knows et Still Walking, au point qu’Air Doll ne doit être considéré que comme un simple coup d’essai, une oeuvre qui expérimente d’autres voies, une parenthèse.

carolinepesenti14@gmail.com

 


Notre note :
4 / 10

    R�action
 Souscrire à notre flux
Les Films de la semaine
Abatttoir 5
Billy Pilgrim mène une vie heureuse avec sa femme Valencia....