
Qu’il soit de 60 ou de 65 ans, l’âge légal de la retraite ne concerne pas Jean Becker et Jean-Loup Dabadie, respectivement réalisateur et scénariste de La tête en friche, ode légère à la vieillesse, éloge amoureux du temps.
Le pachydermique Gérard Depardieu interprète Germain, un éternel gamin du village habitant une caravane ancrée dans le jardin de sa maman qui, au hasard d’une banale pause sur un banc, croise Margueritte délicate et coquette retraitée, (Gisèle Casadesus, la preuve bien vivante que l’on peut travailler à l’âge de 95 ans) pour une amitié naissante qui changera sa vision du monde et le déroulement routinier de son existence.
C’est aussi la rencontre d’un fils qui recherche une mère de substitution et d’une grand-mère cherchant une filiation pour transmettre son savoir et ses livres. Des personnages touchants aux aspirations simplifiées permettant aux dialogues de s’attribuer la mainmise du film.
La tête en friche, ce sont surtout des répliques entrainantes et un sourire constant chez le spectateur qui se délectera de voir Gérard Depardieu endosser un rôle qui lui colle à la peau, le bon villageois inconsciemment frustré par son manque de culture qu’il comble par sa présence goguenarde et sa polyvalence manuelle.
Au-delà de la délicatesse du propos et de la tendresse des comédiens, le film pénètre silencieusement dans une ambiance angoissante d’une jeunesse alourdie et piégée sous l’emprise de leurs ainés.
Germain a la chance d’avoir comme compagne Annette, une pimpante conductrice de bus, (Sophie Guillemin et sa candeur généreuse) quand la tenancière du bistrot du quartier (Maurane) se permet d’attirer vers elle son élégant serveur de vingt ans son cadet. Et quand ce dernier ose l’abandonner pour une jeunette infirmière, il déchante rapidement, « trop chiante » selon lui et reviendra illico presto dans les bras de sa barmaid préférée.
Les scénaristes de La tête en friche anticipent un monde où les jeunes sont irrésistiblement séduits par les vieux. Une jeunesse limitée caricaturale symbolisée par ces horribles héritiers qui laisseront pourrir la délicieuse Margueritte dans une maison de retraite belge non-climatisée.
Des débordements rétrogrades sous-jacents s’inventant un monde utopique, qui dénotent surtout d’une réelle inquiétude générationnelle sur la conservation de nos valeurs et de nos ancêtres en éliminant à l’image les représentations modernes de l’évolution naturelle de notre société et d’une possible jeunesse intelligente.
Notre note :
5 / 10


