
Mike Newell est une énigme. L'Anglais, révélé par Quatre mariages et un enterrement et auteur par la suite de l'excellent Donnie Brasco, avait fait montre d'un semblant de singularité qui en faisait un réalisateur à suivre. Depuis, il s'est perdu dans les filets des majors qui lui ont dernièrement confié l'adaptation aussi lourde que molle du quatrième volet de Harry Potter & la Coupe de feu. Comme si ce costume n'était pas assez lourd à porter, le voici désormais sous la bannière Bruckheimer/Disney, avec une commande à plus gros budget encore, qui surfe sur cette vague très en vogue actuellement à Hollywood, consistant à transposer au cinéma des jeux vidéos à succès.

Prince of Persia déboule donc, avec, dit-on, ce qu'il faut de potentiel en aventures exotiques, si ce n'est pour possiblement devenir une franchise, ou tout du moins faire patienter le (jeune) public en attendant le quatrième volet de Pirates des Caraïbes, fleuron du team précité. L'idée d'une nouvelle pompe à fric ne saurait finalement choquer personne, si tant est qu'à l'instar de la trilogie de Jack Sparrow, Prince of Persia daignait remplir sa mission d'entertainment à grand spectacle, tout en présentant un scénario pas trop prévisible, une mise en scène suffisamment inventive et des personnages un tout petit peu épais. Malheureusement, la linéarité de l'histoire est bien au ras des dunes, Mike Newell ne trouvant rien de mieux que de copier plan par plan les séquences d'actions du jeu vidéo lui-même (voire d'autres jeux comme Assassin's Creed) et Jake Gyllenhaal, tout abdominal soit-il, n'est certainement pas Johnny Depp.
Finalement, il manque à Prince of Persia la roublardise de Pirates des Caraïbes, qui trouvait, jusqu'au troisième volet tout du moins, la bonne formule pour proposer un film d'aventures old school, tout en s'appuyant sur un héros à la fois iconique et décalé, histoire de ratisser plus large que le cercle familial. De fait, le pari de décliner cette formule ne pouvait qu'être manqué avec Mike Newell, qui est tout sauf un bon faiseur à la technique éprouvée. Dépassé par la machine, il ne maîtrise pas les rouages de sa fête foraine à laquelle seul Alfred Molina tente de foutre un peu le bordel, au milieu d'un couple princier (Gyllenhaal/Arterton) dont les corps et le moteur sont un peu trop huilés, il est vrai. Tout comme la prestation trop pleine de monoï d'un Ben Kingsley aux si grosses babouches qu'il ne prend aucune peine de dissimuler le machiavélisme de son personnage, dont la traitrise se lit jusqu'au rimmel grossièrement dessiné au contour de ses yeux perfides. Bref on s'ennuie lourdement...
Notre note :
3 / 10

