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Estomago

Critique Estomago

Par Caroline Pesenti le 2010-05-25 15:32:37
On ne sait rien ou peu de ce bonhomme qui nous vient du Brésil, un certain Marcos Jorge, artiste touche-à-tout, homme tout-terrain, journaliste de formation et cinéphile dans l’âme... sinon que son cinéma a un irrésistible goût de revenez-y.

Notre note :
8 / 10

    Notre critique

Estômago est son premier long-métrage de fiction qui a remporté, avec tous les honneurs dus, quatre prix au Festival de Rio en 2007. Pourtant, à l’origine de cet excellent conte gastronomique, se trouve un défi qui gargouillait déjà l’indigestion : raconter les hommes et la vie, par la bouffe. Nos compliments vont donc au chef, car d’un rien, il nous fait un festin.

Estômago commence en effet avec une figure très simple et archétypale: l’ingénu ou le picaro. Or, comme le remarquait Hegel, une simple esquisse qui se réduit à quelques traits marqués reflète parfois mieux l’âme du sujet qu'un portrait ressemblant, dont l'exactitude et la minutie ne sont pas un gage de vérité. Raimondo Nonato est cette caricature de l’homme universel dont l’appétit de l’estomac fait écho à l’appétit du sexe, à l’appétit du pouvoir, et au penchant pour l’orgueil qui dirigent ses actions avant même la raison. Benêt sorti de sa campagne profonde, il gagne un soir d’été la métropole les poches aussi vides que son estomac, et se retrouve le lendemain embauché comme cuisinier dans un snack crasseux. Très rapidement, on lui découvre de grands talents culinaires si bien que foule de clients vient à toute heure remplir la cantine pour y déguster ses coxinhas, petits beignets de poulet frit. Parmi eux, une prostituée très gourmande dont il s’éprend, et un grand chef italien, qui s’empresse de le débaucher pour une place dans son restaurant haut-de-gamme. Nonato suit alors un apprentissage du goût qui le fait passer en maître. Mais au fur et à mesure que ses ongles deviennent propres et sa narine, fine, notre cuisto apprend les vices et les roueries des hommes, la jalousie et la ruse, qui le conduiront tout droit en prison.

Dans un récit à deux vitesses, enchâssant période d’ascension (la ville) et période de décadence (la taule), Estômago offre un scénario si bien ficelé qu’on lui pardonne la naïveté de certains de ses dialogues. C’est que le récit renoue profondément avec l’art du conte, dans ce qu’il a de plus musical et de métaphorique (le film s’ouvre l’image de la bouche du héros, pour se clôturer sur celle de son arrière-train: tout est dit), et ce notamment dans la virtuosité de son emploi de l’ellipse. La force d’ Estômago, c’est en somme son style frais et piquant, corroboré d’une musique de Giovanni Venosta remarquable, là où l’on aurait pu redouter du Ferreri et du Fellini mal-digérés. On reviendra!


Notre note :
8 / 10

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