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Don Giovanni, naissance d'un opéra

Critique Don Giovanni, naissance d'un opéra

Par Laurence Kerhornou le 2010-05-10 11:49:08
Une fresque baroque au ton carmin comme la passion. Diantre ! La violence des sentiments chantés à travers un Opéra qui donne envie d’écouter de l’Opéra…

Notre note :
8 / 10

    Notre critique

Lorenzo Da Ponte (Lorenzo Balducci), un prêtre libertin vivant dans le Venise du 18ème siècle, tombe amoureux d’Annetta (Emilia Verginelli). Pourtant, il décide de fuir cet amour, incapable de renoncer à sa vie dissolue. En même temps, il est condamné à quinze ans d’exil par la Sainte Inquisition, accusé de comploter contre l’église. Il se réfugie à Vienne, fleuron de la tolérance. L’empereur Joseph II lui demande d’écrire le livret des Noces de Figaro pour Mozart. Il est encensé. Fort de cette réussite, Casanova implore le librettiste Da Ponte de travailler avec Mozart à l’écriture de Don Giovanni, un opéra inspiré de sa propre vie.

Le talent du cinéaste espagnol, Carlos Saura, réside dans son scénario virtuose mêlant la vie des trois artistes à leur création. Un Da Ponte amoureux transi, un Casanova sur le retour et un Mozart souffreteux, s’allient pour créer un divin opéra. Son centre névralgique : la passion amoureuse dans une langue Italienne, dentelle de romantisme. L’esprit des Lumières, avec sa raison, illumine le monde de gloires. Le comportement obscurantiste de Don Juan doit être puni pour la bonne cause. On dira aussi que la statue du Commandeur représentait le père de Mozart dont la mort récente le laissait rongé de culpabilité.

Saura tricote les mailles d’une œuvre pleine de strate, d’écueil, de repentir. La colérique Farrarese, chanteuse lyrique et maitresse de Lorenzo dit tout le style de Saura.

Ses films précédents, Noces de Sang (1981) et Carmen (1983), sont truffés de ces personnages torturés. Il a le goût des drames baroques déclenché par la jalousie. On se rappelle le mime de la scène finale de Noces de sang, le flamenco dessinant des corps aux lignes acérés. La lame de couteau effleure les danseurs. Pour le spectateur les chants syncopés, le montage cut sont autant d’armes pour faire monter la tension. Don Giovanni lui use de ses voix lyriques incomparables pour nous donner la chair de poule. Cet opéra est un « dramma giocoso », un drame joyeux en deux actes. Saura occulte le pathos de ses anciennes œuvres pour selon l’expression Ophulsienne « jouer le drame avec légèreté ». Les personnages restent stoïques dans leur malheur. Alors que Don Juan brûle dans les flammes de l’enfer, Da Ponte se rachète une conduite auprès d’une unique femme.


Notre note :
8 / 10

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