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Freddy - Les Griffes de la nuit

Critique Freddy - Les Griffes de la nuit

Par Victor Lopez le 2010-05-10 11:40:02
"Ne vous endormez pas !" clame l'affiche de ce nouveau "Freddy". Difficile pourtant de ne pas piquer du nez devant ce remake aussi plat qu'ennuyeux. Moralité : quand on s'appelle Bayer, on ne réalise pas un Freddy !

Notre note :
3 / 10

    Notre critique

On avait quitté Freddy sur deux expériences postmodernes assez réjouissantes. Wes Craven transformait en 1994 son bogeyman cauchemardesque en une créature méta-cinématographique dans un New Nighmare qui jouait bien avant ses Scream, la carte de la mise en abîme référentielle, avec un Freddy relatant le tournage d'un nouveau Freddy. En 2003, Ronny Yu organisait un fight déjanté avec Jason, les deux monstres se disputant le bodycount du même groupe d'ado malchanceux. On attendait donc la suite avec curiosité, en se demandant quelles surprises allaient apporter le remake de 2010 à la saga horrifique souvent amusante et innovante. Concocté par l'équipe de Michael Bay derrière les récents Massacre à la tronçonneuse et Vendredi 13, cette nouvelle virée à Elm Street se contente malheureusement de paresseusement coller à l'original, provoquant un ennui pesant.

Sur le papier, on trouve trois bonnes idées qui semblent plutôt intéressantes, mais dont la mise en œuvre finit de plomber le film. Le fait de remplacer l'historique Robert Englund sous le maquillage pâteux par l'excellent Jackie Earle Haley (le Rorschach de Watchmen) fait ainsi perdre au personnage son côté gouailleur pervers et cartoonesque, qui amenait un ton grotesque à la série. Ici, Freddy est un grand brûlé qui peine franchement à faire peur, et qui ne fait jamais rire.

Très explicatif, le film insiste ensuite bien sur la pédophilie du personnage, ce qui nous permet d'assister à des scènes d'une littéralité psychologique tellement appuyée, que l'on regrette la subtilité des non-dits de certains films d'horreur laissant un minimum de place à l'interprétation. Ici, Nancy revit en rêve les viols dont elle a été victime gamine, et, alors que dans son cauchemar Freddy la cloue lubriquement sur son lit, son petit ami occupe dans la réalité la même position que son agresseur rêvé. Pas la peine d'avoir lu Freud pour les nuls pour en comprendre la symbolique...

Enfin, Samuel Bayer, en bon publiciste-clipper, prend soin de travailler son image, en imaginant un monde à l'onirisme dépressif. Cela aussi pourrait être une bonne idée pour un film insomniaque, si l'ambiance ressentie arrivait à être oppressante plutôt qu'ennuyeuse. S'il n'y a rien à dire sur la photo, la pauvreté des dialogues et les réactions des personnages rarement crédibles, annulent les effets d'ambiance et donnent une impression d'interminables longueurs et ce dès la pénible première scène. Quand aux effets de terreurs, ils sont basés sur une hypertrophie sonore, une sanguinolence accrue et des effets chocs, qui provoquent de vains et énervants sursauts mais jamais d'effroi.

Ce qui fait peur en regardant ce Freddy, c'est plutôt qu'il est symptomatique d'une nouvelle vague de films d'horreur amnésiques, s'adressant à des adolescents jugés trop peu curieux pour regarder les films originaux. On utilise alors les ficelles usées, sûr qu'elles fonctionnent sur ce public, on leur raconte une histoire connue de tous en tentant de créer la surprise d'une résolution pourtant évidente (l'origine du personnage arrive au deux tiers d'un film construit comme une enquête pénible pour quiconque en connait le mot de la fin). Si on pouvait reprocher aux années 90, celles de Scream, ses films d'horreur à la limite de la parodie à force de clins d'œil et de citations, la tendance s'est maintenant inversée : le spectateur qui a tout vu et à qui on ne la fait pas, est devenu un naïf décérébré à qui on peut servir la même soupe réchauffée. Et quand on voit qu'un film comme Halloween II de Rob Zombie, s'inscrivant dans une généalogie horrifique assumée (Carpenter, mais surtout Tobe Hooper) tout en ayant une réelle personnalité, ne parvient même pas à sortir en salles là où des Paranormal Activity et des productions de Michael Bay cartonnent, on a des raisons d'être inquiet pour l'avenir du cinéma d'horreur.


Notre note :
3 / 10

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