
Ce film est d’abord un hommage à Claudia Cardinale qui irradie l’écran de sa beauté et de sa générosité. Née en Tunisie, Claudia Cardinale incarne le rôle de Sara, une catholique bourgeoise. Mariée à un musulman en 1960, elle était déjà l’archétype de la femme moderne scandaleuse. Et que dire de son fils revenant dans son giron après la mort de son père. Un jeune homme outrageusement hors normes…Sara est une mère aimante au point que son fils Malik (Antonin Stahly) ressent physiquement la présence d’un fil qui se déroule inlassablement sans pouvoir être rompu. Jolie métaphore des relations fusionnelles entretenues avec la famille…
Mehdi Ben Attia filme le désir naissant entre deux hommes à la beauté non négligeable. Il parle du dénie envers l’homosexualité et la scène des retrouvailles mère-fils à la lueur de la lune est symptomatique. Il cherche à lui dire la vérité et elle n’est pas encore disponible pour l’entendre. On comprend pourquoi il va falloir qu’elle devienne le témoin de cet amour. Lorsque Sara surprend son fils avec Bilal (Salim Kechiouche), elle est submergée de tristesse de honte, d’indignation. Il lui faut du temps pour admettre la situation. Elle en fait même un malaise…Le talent du metteur en scène réside dans cette capacité à montrer l’intime de manière très réaliste. Il y a une évidence dans les situations dépeintes.
Mariage blanc…
Malik accepte d’épouser son amie lesbienne enceinte. Accord qui devrait permettre à deux femmes amoureuses et mères, de pouvoir vivre sans jugement. « La colonisée du colonisé » définissait la femme Tunisienne des années 50 asservie à l’homme nanti. Comment appeler l’homosexuel(elle) du 21ème siècle en Tunisie qui se marie pour faire bonne figure ? Les cinéastes Tunisiens dénoncent le silence avec courage. On se rappelle le cinéma de Moufida Tlatli (Les silences du Palais, 1994), à l’ambiance raffinée mais injuste qui dénonce l’oppressante tradition du droit de cuissage. Là où le passé était chant de douleur, Mehdi Ben Attia lui, désamorce le pathos par ce vrai fil qui nous fait sourire. L’image est iconoclaste. Au surréaliste se mêle la bobine de fil de l’inconscient.
Deux corps d’hommes se prennent sauvagement, crudité d’une certaine réalité des rencontres clandestines. Puis vient le temps de l’amour .Que de merveilles dans les yeux et les gestes de Malik et Bilal. Ils en demeurent des hommes virils. Les dialogues sont incisifs, car ici vérité et humour se côtoient avec brio. Et cette chaleur Méditerranéenne qui nous enveloppe maternellement, un avant goût d’Eden …
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Notre note :
8 / 10

