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Eastern Plays

Critique Eastern Plays

Par Victor Lopez le 2010-03-09 14:07:10
Un premier film d'une rare force émotionnelle, porté par l'urgence du regard de Kamen Kalev sur sa ville, Sofia, et son acteur, Christo Christov, décédé avant la sortie du film.

Notre note :
8 / 10

    Notre critique

Il arrive parfois que les drames du réel rejoignent ceux de la fiction, apportant par cette imbrication tragique une force supplémentaire à l'image. Eastern Plays est ainsi dédié à Christo Christov, son acteur qui a largement inspiré le personnage qu'il joue et qui est décédé quelque temps avant la sortie du film en Bulgarie. L'œuvre acquiert par cet enregistrement d'un réel qui n'est plus, de la mémoire d'une personne et de la trace d'un défunt, une dimension émotionnelle extérieure, qui vient se mêler à la force brute que déploie indépendamment de cet événement le premier long métrage du Bulgare Kamen Kalev. 

Car le film, contrairement à ce que pourrait laisser penser cette entrée en matière, n'a rien d'un simple et triste hommage posthume : il déploie au contraire une énergie et une vitalité totales, qui prend certes racine dans un désespoir et un marasme profond, mais qui reste dans toute circonstance d'une vitalité revigorante.

Soit deux frères à la dérive : l'un, artiste aux rêves évaporés, noie sa douleur et son mal de vivre dans l'alcool, en essayant de décrocher de la drogue, l'autre est attiré par des groupuscules néo-nazis pour couvrir son ennui. Leurs dérives vont croiser le chemin d'une touriste turque, agressée par le plus jeune, secourue par l'aîné.

On voit dans ce schéma narratif comment fonctionne le film : une violence insensée débouche sur l'espoir d'un amour, et même si sa promesse est finalement vaincue par les préjugés et la peur, c'est une lueur de guérison qui émerge d'un diagnostique a priori pessimiste.

Ce contraste entre un espoir lumineux et la description d'une réalité bien sombre se retrouve dans la description que le film livre de sa ville : Sofia. La capitale de la Bulgarie est filmée par Kamen Kalev avec une urgence documentaire la rendant aussi vivante que ses protagonistes. On contemple alors avec un étonnant bonheur le portrait de cette géographie urbaine presque totalement vierge de tout imaginaire cinématographique, et on revient dans cette fissure que le film ouvre sur le réel, à l’émotion brute qu’il procure.


Notre note :
8 / 10

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