
On connaissait de Fatih Akin, Head on et De l'autre côté, ses précédents opus justement primés ça et là (Cannes, Berlin), salués par le public et la critique, qui traitaient notamment de la question de l'identité, chère au réalisateur allemand d'origine turque.
Forts, intransigeants, parfois dérangeants, ces films avaient le bon goût de ne jamais soutirer des larmes faciles. C'est avec le même naturel que Soul Kitchen injecte sa bonne humeur et invite au rire, sans jamais forcer le sourire ni la poilade. Il y a ce même plaisir, en regardant le film, que celui dont on se laisse parfois envahir lors d'une chouette fête qui bat son plein chez des amis. Contenant des éléments autobiographiques du réalisateur et de son acteur principal, le film évoque avec une pointe de nostalgie cette période pas si lointaine où leurs vies (et par extension la nôtre) se voulaient épicuriennes, quitte à ressembler à un joyeux bordel et générer son lot de mauvaises expériences.

Car Zinos, le personnage principal, en a plein le dos : sa copine est partie vivre à Shanghai et le «Soul Kitchen», son restaurant, bat de l'aile depuis qu'un chef talentueux mais caractériel peine à imposer sa cuisine raffinée à la place des habituelles fritures réclamées par les clients. Alors qu'il se décide à partir en Chine, une hernie discale bloque Zinos à Hambourg, tandis que son restaurant, désormais sous la direction de son frère Illias à peine sorti de prison, est sous la menace d'un promoteur immobilier véreux.
De cette accumulation de galères, Fatih Akin tire des situations parfois touchantes, mais surtout rocambolesques, qui recèlent de purs moments comiques jubilatoires (l'orgie dans le restaurant après un surdosage d'aphrodisiaques dans la nourriture, lors de la scène chez l'ostéopathe). La mise en scène plutôt inventive et rythmée contribue à l'ambiance funky du film, qui bénéficie par ailleurs d'une bande son musicale de premier choix.

A ses qualités indéniables de réalisateur et dialoguiste, Akin bénéficie en outre de la présence euphorique d'une troupe de comédiens généreux et manifestement heureux d'être là, pour incarner une galerie de personnages hauts en couleurs, parmi lesquels se distingue Adam Bousdoukos, dans un registre à la Chaplin qui sied parfaitement à son personnage tragi-comique, forcément touchant. Moritz Bleibtreu, convaincant en loser espiègle, ou Birol Ünel, hilarant en cordon bleu psychopathe, ne sont pas en reste et apportent la folie nécessaire pour pimenter la folle cuisine de Fatih Akin.
Mais la vraie révélation cinématographique du film constitue la ville de Hambourg elle-même, dont se dégage, derrière l'image grisonnante d'une immense cité industrielle et portuaire, l'ombre d'un charme évident, et d'où et émane un véritable concentré d'énergie culturelle, à laquelle le réalisateur, local de l'étape, s'attache à rendre hommage avec une belle sincérité.
Notre note :
7 / 10

