CineMove
Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans

Critique Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans

Par Samir Ardjoum le 2010-03-12 12:18:58
Polar bordélique où la patte reptilienne d'Herzog fait des siennes pour le grand bonheur du spectateur.

Notre note :
8 / 10

    Notre critique

Une anecdote croustillante qui donne un aperçu du comportement herzogien. Dans les années 60 (ou 70, je ne sais plus), Herzog entend parler de la cinémathèque algérienne où des noms prestigieux sont venus fouler l’estrade mythique. Des Godard, Von Sternberg, des Nicholas Ray…Werner, curieux, décide d’aller voir cela de ses propres yeux. Il prend quelques thunes, son sac rempli de livres (surtout des essais philosophiques ou des romans d’aventures), un rasoir et traverse toute l’Europe à pied, prend le bateau à Marseille et rejoint la ville blanche. Le voyage aura duré des semaines. Selon Herzog « Je me devais de redéfinir le sens premier du cinéma pour traduire mon émotion, d’où ce voyage initiatique » ». C’est une anecdote plus ou moins réelle, mais qui perdure !

Bad Lieutenant n’est pas un remake du film éponyme d’Abel Ferrara, c’est un prétexte, Herzog ne l’ayant même pas vu. Uniquement intéressé par la position dépressive du personnage principal et le côté rédemption de l’histoire, Herzog embrouille les cartes et perfore tout ce qui bouge allant parfois jusqu’à s’engouffrer dans des aléas oniriques, déglingués et frontalement perturbants (insister sur des plans d’iguane peut irriter le spectateur avide de logique narrative). En cela la séquence finale est d’une force visuelle conséquente, très proche de La Dame de Shanghai d’Orson Welles, et qui vampirise l’instinct animal du spectateur.

Voir un film de Werner Herzog, c’est se réfugier dans une aventure humaine aussi belle que le mot de Cambronne. L’auteur filme sans états d’âme en vociférant un implacable « merde » à tous ceux qui aiment dorloter le doux et paisible ronflement de l’ennui. Il faut s’accrocher, ne pas bouger au risque de perdre la vue, de perdre le fil d’une histoire qui va et vient sans se soucier de la logique narrative. Herzog éructe, parle, hurle et met en scène des peurs, celles qui prennent les gamins en les tyrannisant jusqu’à l’âge d’adulte. Toute la vie en somme.

 

 

 

Bad Lieutenant est dépourvu de lignes inutiles. Tout se concentre autour du ressenti. Herzog ne se dévoile pas comme le ferait une star en mal de médiatisation, il fonce tête baissée vers une alchimie de mots et de maux qui vrombissent autour d’une spirale meurtrière. La réalité diffuse dans ces milliers de kilomètres de pellicules est le reflet d’un désir inavoué de mordre la mort et de la rendre flexible. La filmographie d’Herzog, comme le souligne le critique de cinéma, Emmanuel Burdeau, est empreinte d’un sacré désir de se fondre dans une foule de zombies. Côtoyer le spectre, lui parler, lui prêter ses songes quitte à se dénuder devant ces tas d’immondices. Herzog ne craint pas la mort, il a tout simplement peur des travers du désordre. La vie, selon lui, n’est faite que pour l’échange, quitte à se faire violence, à se poser continuellement des questions, à caresser les injustices et autres flagorneries.


Notre note :
8 / 10

    R�action
 Souscrire à notre flux
Les Films de la semaine