
«My name was Salmon, like the fish; first name, Susie. I was fourteen when I was murdered on December 6, 1973», dit la voix off de la jeune héroïne, en ouverture de Lovely Bones. "I wish you all a long and happy life", conclut-elle à notre endroit, environ deux heures plus tard. Bon, elle est bien mignonne la petite Susie (Saoire Ronan), mais sa marque de politesse ne parvient pas vraiment à enlever la médiocre impression laissée par le dernier film de Peter Jackson. Le réalisateur néo-zélandais, après le succès ô combien mérité de sa trilogie du Seigneur des Anneaux et le bien moins passionnant remake de King Kong, voulait revenir à un projet à taille humaine (lire à budget raisonnable), avant son défi de faire revivre Tintin en motion capture, avec son nouvel ami Steven Spielberg.
Le fait est que derrière son apparence de jolie récréation intimiste cheap (à 65 millions de dollars tout de même), Lovely Bones n'est pas une franche réussite. De son au-delà onirique, la jeune Susie évoque sa vie, puis sa mort et assiste au deuil impossible de ses parents confrontés sans le savoir au regard quotidien de l'assassin de leur fille. L'originalité du film réside en le fait que l'entre-deux monde imaginaire de Susie interagisse parfois avec un geste ou un événement provoqué par un proche sur Terre. Ainsi par exemple, lorsque son père (Mark Wahlberg, étrangement amoché d'une coupe de cheveux à la Lou Ferrigno) casse de tristesse sa collection de bateaux mis en bouteilles (ne me demandez pas d'où vient cette passion), de grands navires à voile viennent alors s'écraser sur des récifs où se trouve Susie. Jackson tente ainsi par couches successives de montrer la perte de l'innocence de son héroïne pourtant morte, qu'il filme et éclaire de la même façon que Frodon dans la trilogie de l'Anneau. L'onirisme tantôt triste, tantôt enjoué bat certes son plein, mais les effets visuels à l'écran ne sont pas tout le temps franchement beaux en plus de s'avérer souvent superflus, donc vains.
L'échec artistique sonne alors et ne cesse de trébucher le restant du film, chose rare venant de la part des membres du studio Weta, qui avaient travaillé sur les précédentes oeuvres de Jackson. Du point de vue narratif, le bancal prédomine et engendre l'ennui voire le gnangnan, hormis lors des séquences se déroulant dans le réel avec le suivi de l'enquête. Et si Jackson conserve par instants un certain talent à faire monter la tension et le suspense latents, une fâcheuse impression de déjà-vu se dégage en revanche de la performance de Stanley Tucci en tueur psychopathe, que beaucoup trouveront oscarisable, alors qu'elle rappelle un peu trop celle de Robin williams dans Photo Obsession. Cet exemple illustre à lui seul le défaut général de Lovely Bones : une fausse originalité qui masque un réel manque de subtilité.
Notre note :
4 / 10


