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Invictus

Critique Invictus

Par Nicolas Pratviel le 2010-01-12 12:05:46
La Coupe du monde de rugby comme vecteur de réconciliation nationale dans l’Afrique du Sud présidée par Nelson Mandela en 1995 : trop plein de bons sentiments et convenu, le nouveau Clint Eastwood ne transforme pas l’essai.

Notre note :
5 / 10

    Notre critique

On avait laissé Clint Eastwood, il y a quelques mois, criblé de balles dans le très réussi Gran Torino, film où il en finissait avec ce stéréotype de personnage dur à cuire (façon Harry Callahan) qui a fait sa renommée et suscité plus d’un malentendu sur sa personnalité. On le retrouve donc aujourd’hui, cette fois uniquement derrière la caméra, non plus dans le ghetto industriel de Detroit, mais dans celui, bien plus étendu encore, que constituait l’Afrique du Sud à peine sorti de l’Apartheid au début des années 90. Le film s’ouvre d’ailleurs sur la libération en 1990, après 27 ans d’emprisonnement, de l’activiste Nelson Mandela et sur son élection, trois ans après, à la présidence d’un pays toujours marqué par la division raciale. Une division mise en scène avec à-propos dès les premiers plans, où l’on voit d’un côté d’une route, derrière une barrière en fer forgé, de jeunes blancs en tenue jouer au rugby, et de l’autre côté de cette route, encerclés par des barbelés, de jeunes noirs taper pieds nus dans un ballon de football de fortune.

Ainsi, durant la première heure, Eastwood montre à travers le quotidien de personnages secondaires voire tertiaires (les gardes du corps, les conseillers de Mandela, le père de François Pienaar…), l’ampleur de la tâche qui attend alors le nouveau président sud-africain, décidé à faire table rase du passé pour permettre une réconciliation vouée à faire avancer socialement mais surtout économiquement son pays longtemps isolé sur l’échiquier international. Cette partie du film est de loin la plus réussie : face aux nombreuses difficultés et réticences qui l’entourent, Mandela montre lui-même l’exemple de l’élan humaniste à adopter. Et, de fait, on ressent, comme les personnages à ses côtés, la force indéniable de cette personnalité à part et véritablement fascinante que fut et reste aujourd’hui encore Mandela. La séquence où François Pienaar (Matt Damon, convaincant sans plus), revient bouleversé et sans voix de sa rencontre avec Mandela, est à ce titre un des rares moments forts du film. Morgan Freeman incarne avec plein de justesse cet homme fatigué, mais déterminé, qui eut donc la lumineuse idée de souder l’ensemble de la population sud-africaine derrière son équipe de rugby, alors loin d’être favorite pour la victoire en Coupe du monde.

La seconde partie d’Invictus (invincible, en latin), en dépit de séquences rugbystiques plutôt réussies, est bien moins passionnante, car prévisible et convenue. Dès qu’il le peut, pour illustrer la ferveur grandissante accompagnant l’exploit à venir des Springboks, Eastwood use et abuse de séquences en chanson colorées, qui confèrent au film un côté clip promotionnel touristique qui agace prodigieusement. Plus que la faute de goût, cet amas de cartes postales, symbolise surtout le cruel et inhabituel manque d’inspiration du réalisateur qui ne parvient jamais à transcender un sujet dont on a, certes, presque déjà tout dit, tout écrit, tout montré. A ses dépens, Invictus prouve bien que les plus belles histoires, fussent-elles vraies, ne font pas les meilleurs films.


Notre note :
5 / 10

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