
Non, Je suis heureux que ma mère soit vivante n’est pas la suite du récent J’ai tué ma mère mais le nouveau film de Claude Miller, qui revient en grande forme quelque semaines à peine après Marching Bands, son documentaire sur la dernière élection américaine. Hyperactif depuis qu’il s’entoure de jeunes pour cosigner ses œuvres, Miller est ici épaulé par son fils Nathan, dont les choix de mise en scène, de montage et de cadrage redynamisent le cinéma parfois un peu fade du réalisateur du plombant Un Secret. Dès la première scène, le ton est donné : plans serrés sur un visage de jeune homme aux traits soucieux qui semblent déjà bien amoché par la vie, panoramique heurté sur une cité HLM, et raccord audacieux sur la figure du même personnage quelques années plus tôt. On est d’emblée dans un cinéma vif, immédiat et aux prises directes avec le présent. Pas de doute, la pate de Jacques Audiard, instigateur du projet et producteur du film se fait aussi bien sentir.
A l’origine du sujet, il y a donc un fait divers interrogé par Emmanuel Carrière en 1992 dans L’événement du jeudi et qui a éveillé l’intérêt cinématographique d’Audiard. Lorsque Miller est contacté, il retravaille le scénario écrit par Alain Le Henry, collaborateur d’Audiard sur regarde les hommes tomber ou Un héros très discret, et introduit avec son fils une structure non chronologique qui fait au final toute la force du film. Soit trois strates temporelles qui se mélangent avec une intrigante fluidité chaotique tout au long du métrage. La petite enfance de Nathan, abandonné à cinq ans par une mère aimante mais irresponsable, sa crise d’adolescence quelques années plus tard qui va le pousser à partir à sa recherche et les répercutions de son passé sur le jeune homme qu’il est devenu à 20 ans. De cet entrelacement temporel émerge une logique de la mémoire qui donne au portrait de cet adolescent tourmenté une cohérence psychologue et une impression de vérité tranchant avec le tout venant des films inspiré de fait divers.
Car, à l’instar du travail de Téchiné de La Fille du RER, ce qui intéressent nos réalisateur ici, au delà de l’affaire en elle-même, c’est bien cet instantané de l’intériorité d’un personnage, ses fissures et blessures menant à l’acte. Et moins médiatisé, moins révélatrice de problèmes de société et plus intime, cette affaire se prête finalement plus à cette approche que celle choisie par Téchiné. Porté par de très belles idées de mise en scènes (comme l’utilisation d’une caméra subjectivisant le souvenir du regard d’un enfant sur une mère disparue), une musicalité dissonante dans un rythme fait de cassures et de digressions reflétant l’état mental de son personnage et une finesse dans le jeux des comédiens tous très crédibles et naturels, Je suis heureux que ma mère soit vivante est à la fois le signe d’un vrai renouvellement pour un cinéaste qui en est à son 17ème film et un très prometteur premier film.
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Notre note :
7 / 10

