"FlashForward" de David S. Goyer et Brannon Braga. Saison 1, épisodes 4-16 (ABC).
Par Victor Lopez le 27/04/2010 (09:31)Ambitieuse mais manquant de maîtrise, la série événement "FlashForward" n'en finit pas de décevoir. Éléments d'explication d'un échec.
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Si David S. Goyer, Brannon Braga et les patrons d'ABC avaient pu voir l'avenir de leur série lors de son lancement en septembre, il y a fort à parier qu'ils n'auraient pas stoppé la diffusion de FlashFoward trois mois durant lors de la mid-season. Même si les audiences, plutôt satisfaisantes au début grâce à un concept intriguant, commençaient à faiblir drastiquement dès novembre, son retour le 18 mars fut proche du ridicule : seuls 6,5 millions de spectateurs s'intéressèrent aux mystères de la mosaic. Pire : après le double épisode 11, marquant son retour à l'antenne, le show chute sous la barre fatidique des 5 millions de spectateurs, en dessous duquel une reconduction d'une série de network pour une autre saison devient difficile. Quand on sait que l'épisode 22, qui viendra clore la saison, se terminera sur un cliffhanger annonçant clairement une suite sur une décision prise par ABC au vue des scores des premiers épisodes, on peut craindre d'être frustré à la fin de l'année.

Brannon Braga, interrogé à ce sujet de cette rapide lassitude du public, se rassurait en expliquant que sa série marchait bien à l'étranger, et que c'est justement ce côté international qui aurait pu désintéresser les américains. L'argument à cependant de quoi faire sourire : certes, le phénomène est bien mondial, mais le traitement est complètement centré sur les États-Unis et même un peu ridiculement localisé à Los Angeles. Ce ne sont pas les quelques clichés de capitales en feux (dont la Tour Eiffel pour Paris, of course) lors du pilot ou les voyages des personnages en Somalie ou en Chine (toujours dans le cadre de leur enquête) qui vont nous faire oublier que tous les personnages centraux de cette "série-mondiale" sont américains (ou, à la rigueur british). Et quand une japonaise apparait enfin, elle quitte bien vite le pays du soleil levant pour rejoindre la citée des Anges.
Ce qui choque plutôt à la vision de la série est son aspect chaotique, qui échoue à mêler harmonieusement les différentes intrigues et à trouver un équilibre entre les multiples genres abordés. Multipliant les pistes narratives et les personnages secondaires, la série ennuie rapidement avec des intrigues parallèles diminuant l'intérêt pour le tout. La recherche de sa fille par Aaron Stark ou les regards que se lancent la femme de Mark et son futur amant s'étalent par exemple des heures durant avant de déboucher sur quelque chose. Inégale dans ses histoires, FlashForward l'est aussi dans ses idées de mise en scène. La B.O. y est par exemple excellente, mais son utilisation laisse parfois perplexe : illustrer une fusillade par Like a rolling stone version Jagger peut sembler cool, mais débouche au final sur un résultat complètement ridicule. D'autres éléments relèvent néanmoins le niveau : la datation précise de chaque épisode permet de laisser la curiosité du spectateur en éveil, comptant les jours qui rapprochent la série du 29 avril.

Cette impression de manque de maîtrise peut partiellement s'expliquer par la production douloureuse de la série. D'abord envisagée pour le câble, la série garde des marques de son origine et laisse rêveur quand on l'imagine produite par HBO. Resserrée sur 13 épisodes, supprimant les pénibles cliffhangers, et plus crue et réaliste dans l'approche de ses problématiques, elle aurait sans doute pu actualiser son potentiel. Dommage, la chaîne câblée abandonne le projet en route à cause d'un changement de direction, et se retrouve obligée de vendre 18 minutes de publicité par épisodes pour exister. Mais cette genèse rend finalement la série, malgré ses défauts, plus intéressante que d'autres grands ratages récents comme Heroes ou Prison Break. Malgré son traitement souvent raté, la série aborde des thèmes assez adultes (alcoolémie, homosexualité, etc.) et arrive à rendre ses personnages, à défaut de l'enquête, parfois attachants, là où Scofield ou Petreli restent toujours des pions d'un scénario débile.
Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là. Dès le pilot terminé, Brannon Braga quitte la série qu'il a développée pour écrire les dernières saisons de 24 Heures chrono, ce qui explique partiellement le manque de crédibilité de la cellule du FBI décrite. Mark Guggenheim et David S. Goyer assurent les postes de showrunners mais quittent à tour de rôle la série (en plein tournage des épisodes 17 et 18 pour le second) à cause d'emplois du temps surchargés. Ce va-et-vient des démissions pénalise forcement la cohérence d'une série chorale, qui jongle avec une multitude de personnages, et se reflète dans la gestion chaotique des différents éléments de la série.
Pour clore la saison et sortir la série de ce marasme, ABC a fait appel à une équipe de choc en embauchant trois showrunners expérimentés : Jessika Borsiczky (collaboratrice de Goyer sur le minable Unborn), Tim Lea (un épisode des Experts : Manhattan !) et Lisa Zwerling (Urgences, c’est mieux…). Espérons que ces trois mousquetaires arriveront à redresser la barre de la série pour son dernier tiers, et à enfin nous passionner pour un sujet passionnant, jusqu'à présent si tristement mal exploité.
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