Festival Séries Mania – Saison 1, épisode 2.
Par Victor Lopez le 07/04/2010 (11:27)Au programme de cette seconde journée de séries au Forum des Images : des dramas chinois, de la psychanalyse Israélienne et un Jack Bauer à New-York.
Présentation de la journée : l’internationale des séries.
C’est surtout la variété géographique qui peut aujourd’hui surprendre et enthousiasmer en regardant la programmation du festival. Certes, les séries américaines sont toujours reines avec la venue de Brannon Braga, qui va nous parler de sa création FlashForward et présenter la dernière saison new-yorkaise de 24 Heures chrono, mais le reste du monde sera aussi à l’honneur aujourd’hui. A commencer par la France, avec le retour des Lepic et des Bouley, qui continuent à s’opposer lors d’une troisième saison de Fais pas ci, fais pas ça, présentée en soirée, mais aussi la Chine et Israël. Hagai Levi viendra en effet en personne présenter une comparaison qui s’annonce passionnante entre sa création Be Tipul et la version américaine, que Rodrigo Garcia a traduit par In Treatment pour HBO. De quoi s’interroger sur la circulation des images et des concepts, comme sur la suprématie américaine sur le monde des séries.
L’évènement de la journée : le festin chinois.
Direction la Chine pour l’événement de la journée, en forme de curiosité exotique. USA, France, Angleterre, voire Canada : la géographie du sériephile se résume trop souvent à une poignée de pays, alors que l’Asie produit des dramas suivis par des millions de téléspectateurs dans leurs pays. Parmi eux, encore moins connus que les japonais et coréens, qui ont en France une communauté de fans assez nombreuse, on trouve une riche production chinoise, dont deux fleurons seront présentés à 14 heures 15. Liberation, réalisé par la télévision nationale avec des moyens considérable, raconte en 33 épisodes la vie de Mao, alors que Rebirth of a king, exemple de télévision populaire, s’annonce comme un Wu Xian Pian (film de sabre) télévisuel furieux et violent. On a hâte de découvrir ça.
Le Focus de la journée : En Annalyse.
La venue d’Hagaï Levi nous invite à revoir la première saison d’En Analyse, version américaine de sa géniale création.

Belle série centrée sur la parole. Une pièce, deux personnages dedans, et un concept audacieux suffisent à rendre le tout passionnant.
43 épisodes de 28 minutes, chacun se déroulant dans un lieu unique, et (presque) en temps réel, sans flash-back ou artifices narratifs voyant, et avec pour seul enjeux de filmer ses personnages à travers leur parole... On peut dire que HBO fut audacieuse en lançant la production d'En Analyse en 2007. La chaîne, à la recherche de nouveaux concepts suite à l'arrêt de certaines de ses séries phares (The Sopranos, Sex and the City...) et quelques problèmes à sa direction, a pourtant trois garanties avec ce show. Le premier est l'équipe derrière la série, managée par une valeur sûre : Rodrigo Garcia. Après s'être fait la main sur Les Soprano, le réalisateur est de toutes les productions HBO : Carnivale, Six feet Under ou Big Love. Le Network associe aussi le nom de Mark Walhberg, comme producteur exécutif, histoire de le récompenser de son bon travail sur Entourage, et peut-être de ramener un peu de monde autour d’un nom bankable. Niveau casting, la série va aussi chercher du côté du cinéma, en offrant le rôle principal omniprésent à l'excellent Gabriel Byrne, le Dean Keaton de Usual Suspect. En analyse associe à ce casting sécurisant une forme certes audacieuse, mais qui a fait ses preuves.

Car ce qu'on demande à cette équipe très rodée, c'est d'adapter pour le public américain, l’israélienne Be Tipul, considérée comme la meilleure série produite par son pays. Et les scénaristes ne prennent pas trop de risque, suivant à la lettre les scripts d'Hagai Levy. Cette seconde garantie nous amène à la troisième, qui est la curiosité que dégage le propos même de la série, enfermant certes ses personnages discutant dans une pièce en temps réel, mais il ne s'agit pas de n'importe quel pièce ni de n'importe qui. Le salon de Paul (Gabriel Byrne) est en effet sa salle de consultation, et des patients suivant une psychothérapie s'y succède quotidiennement. La parole prononcée a donc un statut particulier, et tend à réellement mettre à nu les personnages qui l'utilisent. La mise en scène capte de la manière la plus épurée possible (peu de mouvements, mais une certaine douceur dans l'utilisation du champ/contrechamps, limitation de la musique, etc.) l'importance du discours, son rôle thérapeutique, et la manière dont il définit les personnages. Flot discursif, pleurs, et surtout silences magnifiques, jamais la parole n'a occupée esthétiquement une place aussi importante dans une série.
Formellement minimaliste, la série propose une richesse thématique rare. Elle se compose de 9 "semaines" de 5 épisodes correspondant à un jour chacun, traitant d'un patient que l'on retrouve d'une semaine sur l'autre (donc tous les cinq épisodes). Du transfert amoureux au traumatisme de guerre, chaque personnage porte en lui une thématique, que le développement au fils des épisodes arrive rapidement à dépasser. L'intelligence du show étant de conserver le personnage de Paul comme fil directeur permettant de lier les épisodes entre eux, notamment lors de la session du vendredi, qui le voit se confronter à sa propre psychanalyste, Gina. Cette construction rend rapidement la série additive, et l'aridité de sa forme devient elle-même une drogue passionnante. La seconde saison est en cours de diffusion aux Etats-Unis, et HBO en a déjà demandé une troisième.
A suivre demain !
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