Preview Lost Saison 6 : LA X
Par Victor Lopez le 08/02/2010 (11:43)Le "season premiere" de l’ultime saison de "Lost", sans redéfinir complètement le show, se présente comme la continuation logique des précédentes saisons, ouvre de nouvelles pistes et rassure les sceptiques sur le fait que si Carlton Cuse et Damon Lindelof aiment à perdre leurs personnages et parfois leur spectateurs, ils savent parfaitement où ils vont. S’ils continuent sur cette lancée – ce que nous ne doutons pas – il ne reste plus que 16 petits épisodes pour que la série entre définitivement et absolument dans le panthéon des plus grandes créations télévisuelles.
ATTENTION SPOILERS ! IL EST TRES FORTEMENT RECOMMANDE D’AVOIR VU LES DEUX PREMIERS EPISODES DE LA SAISON 6 AVANT DE LIRE CET ARTICLE !
Chaque début de saison de Lost fut jusqu’à présent une surprise éblouissante, redéfinissant nos attentes, et nous perdant dans un où et un quand toujours surprenant et innovant. Dire que c’est la sensation ressentie en voyant les images du premier épisode de la sixième et dernière saison ne serait pas tout à fait honnête. Après plus de 100 épisodes et sachant le petit nombre d’heures qu’il reste à passer sur l’île, le fan de Lost a étudié toutes les hypothèses possibles depuis qu’il sait que la série file vers sa conclusion, et celle retenue ici semble la plus cohérente compte tenu des informations qu’il dispose. L’écran blanc de la conclusion de la dernière livraison n’est pas une page blanche débouchant sur une remise à zéro des concepts de la série, mais un reboot narratif, qui ne concernera que certains personnages (ou certaines versions pour être exacte). Bien sûr, cette orientation logique entraine une transformation formelle de la série : après les flashbacks, les flashforwards et les voyages dans le temps, place aux dimensions parallèles et autres réalités alternatives.

Comme dans L’Incal de Jodorowsky et Moebius débouchant sur une boucle temporel ou dans l’univers Marvel, dans lequel chaque changement du passé par un personnage voyageant dans le temps crée un univers dérivé (et ces mondes parallèles, parfois aberrants comme l’ « ère d’Apocalypse » ou « House of M » ont de temps en temps possibilité de recouvrir la continuité classique – ou la Terre-616…), Lost se dédouble et présente deux espace-temps simultanés mais opposés. Dans l’un on retrouve nos personnages en 2007 sur l’île, en plein milieu d’une guerre opposant une secte jacobine menée par un japonais à la barbiche, aimant les bonzaïs et le karaté (la première stéréotypation des personnages n’est pas toujours le fort des scénaristes…) à un faux John Locke (dont la découverte de la véritable identité met fin à une énigme vieille de six ans !) qui a dressé Benjamin Linus et tué Jacob. Dans l’autre, la bombe explosée en 1977 semble avoir coulée l’île et le vol Oceanic 815 arrive sans encombre à Los Angeles. Mais déjà, des failles indiquent que la coexistence de ces deux dimensions n’est pas gagnée et jette même un doute sur ce que le fan de S.-F. aurait peut-être tort d’interpréter comme un simple univers parallèle. Desmond, le naufragé temporel, apparait comme d’habitude là où il n’est pas sensé être, ce qui fait brièvement douter, par un froncement de sourcils sceptiques, Jack de la cohérence de tout cela, alors que les morts sur l’île (pauvre Juliette…) annoncent la réussite de leur mission, censée faire disparaitre la ligne temporelle dans laquelle ils se trouvent. Ajoutons à cela quelques incohérences contrôlées (de légères différences entre les scènes de l’avion du pilot et celles présentées ici, ou un retour en 2004 alors que les personnages devraient se trouver trois ans plus tard...) pour en déduire que nous ne sommes pas au bout de nos surprises… Si ce début ne semble pas révolutionnaire, son explication est trop évidente pour être vraie, et on reste confiant en la capacité des scénaristes à nous surprendre en réinventant complètement une thématique fantastique classique pour nous proposer une continuité originale.

Jack : De l'autre côté du miroir.
Pour l’heure, cette utilisation de l’univers parallèle semble surtout être un moyen d’aborder métaphoriquement une belle thématique qui parcourt la série depuis sa création : la confrontation entre la réalité d’une vie médiocre et le besoin d’aventure. Car tout le monde - mais peut-être particulièrement le cinéphile - se reconnait dans ce besoin de se raconter des histoires pour rêver sa vie, ou de fictionnaliser son quotidien pour pouvoir le traverser. C’est d’ailleurs là la clé du succès de tout récit d’aventure et les producteurs de Lost, en bon geeks, le savent bien et ont l’intelligence de mettre cette observation au centre de leur création. Le discours du faux John Locke souligne clairement cette orientation, lorsqu’il décrit son double comme un raté, mais dont l’admirable volonté à rester sur l’île souligne qu’il a bien compris ce que les autres n’acceptent pas : que cet endroit mystérieux vaut mieux que la petitesse de leur vraie vie. Si c’est encore John Locke, le vrai cette fois, celui irrémédiablement paralysé et cloué à côté de Boone sur son siège d’avion, qui montre son appétit de rêves et d’aventures en s’imaginant revenir d’un périple en Australie là où sa condition l’a obligé à s’humilier devant la gare routière, c’est toute la structure de l’épisode, opposant un possible réel (l’avion ne s’écrase pas, l’île n’existe pas, les personnages reprennent leur vie) et une continuation de l’aventure qui illustre cette idée. Entre une triste réalité et un imaginaire héroïque mais tragique, le choix va alors être dur pour les personnages, et le spectateur sent déjà que s’il les assistera dans leur dilemme, c’est certainement avec une tristesse mélancolique qu’il devra bientôt les quitter.
P.-S. J’accepte la possibilité que tout ce qui est écrit ci-dessus soit nul et non avenu une fois le dernier épisode de la série diffusé. Rendez-vous le dimanche 23 mai pour la réponse...
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