"Lost" : Retour sur la saison 5 : Out of time.
Par Victor Lopez le 08/02/2010 (11:52)Avant d'atterrir à LAX demain, CinéMove vous propose un petit voyage dans le temps en revenant sur la dernière saison de "Lost" : la plus libre, folle, et audacieuse de la série.
Un ouvrier Dharma qui vient de se faire engueuler par son supérieur sort furieux du chantier qui deviendra bientôt ce que John Locke appellera "The Hatch" et lance un: "Time Travel ? How stupid does he think we are ?". Cette mise en garde qui ouvre la cinquième saison de Lost s'adresse bien sûr au spectateur : filant à toute allure vers sa conclusion, la série est prête à s'assumer comme un pur show fantastique et geek, quitte à laisser la moitié des spectateurs sur le carreau dans son développement taré de paradoxes temporels indémêlables et d'allers-retours entre différentes époques, tordant complètement la structure en flashbacks pour expérimenter une narration libre de toute contrainte spatio-temporelle. Et de toute façon, peut-importe si 8 millions de spectateurs, assurant ne plus comprendre grand chose, ont quitté l'île entre le pilot et cette avant dernière saison : les survivants savent maintenant où ils vont et ce qu'ils regardent, et sont comblés tant la série tient jusqu'à présent toutes ses promesses.
Si Hurley évoque bien sûr les paradoxes amusants de Retour vers futur, prenant peur de disparaitre lorsque les rescapés du vol Oceanic 815 échoués en 1977 pensent avoir modifié leur futur par leurs actions, on se rend rapidement compte que c'est plus une inéluctabilité tragique que privilégie la série. Ces retours sont d'abord l'occasion d'interroger les désirs des personnages, en les mettant en face de ce qu'ils ont définitivement perdu. Voyager dans le passé, c'est d'abord pouvoir revivre ses souvenirs, et comprendre que rien ne peut les ramener. Lorsque Saywer retrouve la Kate du début de la série, accouchant Claire dans la jungle, et qu'il la contemple sans pouvoir l'atteindre, prenant conscience de l'irrémédiable perte de son amour, on est plus proche du Je t'aime, Je t'aime d'Alain Resnais que des films de Zemeckis.
Mais bien sûr, l'interaction des personnages avec une époque qui n'est pas la leur va aussi entrainer une profusion de paradoxes temporels, à l'issu irrémédiablement tragique. C'est alors la tristesse du beau dessin animée de René Laloux, Les Maîtres du temps, que l'on retrouve dans cette partie contrastant cruellement avec l'optimisme du début de la série. Lost, rappelons-le, se présente d'abord comme un récit très américain de la seconde chance. Voilà un groupe de personnages qui a la possibilité de faire table rase de leurs passés troubles en organisant une société sur des bases complètement nouvelles. Loin de cette possibilité de rédemption et de changement optimiste, la saison 5 inscrit ces mêmes personnages dans un pessimisme tragique, puisque, d'un côté, ce qu'ils vont vivre est déjà arrivé, et de l’autre, ce qu'ils ont vécu ne peut être modifié. Faraday, le scientifique fou, l'explique dès le début des déplacements temporels : peut-importe ce que l'on fait dans le passé, on ne peut le modifier. Et pourtant, les personnages vont tout de même tenter de changer l'inéluctable, ne faisant, comme dans une tragédie grecque, que provoquer les événements qu'ils cherchent à tout prix à éviter. Et même si la fin de la saison indique un possible échappatoire à ce Fatum, le tragique est la constante de Lost, et la variable n'est pas prêt de l'effacer
Daniel Faraday sera lui même victime oedipisation: se battant pour sauver Charlotte, il ne pourra s'empêcher de faire à la gamine de 1977 le discours qui hantera l'adulte de 2004, et surtout, il comprendra trop tard l'attitude de sa mère et sa volonté à l'envoyer sur l'île. C'est comme d'habitude cet aspect tragique du show qui en fait toute sa force, et cette capacité à raconter des histoires universelles et touchantes par le prisme de genres très codifiés, tout en en explorant les limites et en en déplaçant les frontières.
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