Peter Jackson : "Mes premières sensations furent dans les shows télévisés tels que Chapeau melon et bottes de cuir"
Par Samir Ardjoum le 08/02/2010 (12:02)Le réalisateur néo-zélandais et prolifique revient cette semaine avec un thriller fantastique, "The Lovely Bones". Questions !
Quels sont les films qui ont nourri votre goût pour le genre fantastique ?
Comme j’ai grandi en Nouvelle-Zélande, le cinéma le plus proche de mon domicile était situé à une trentaine de kilomètres. Ajoutez à cela le fait que mes parents n’étaient pas fans de cinéma et vous devinerez que j’y allais rarement. Mais je me souviens de ma première expérience face à un objet fantastique qui fut le show télévisé, Batman avec Adam West. Pour ne rien vous cacher, mes premières sensations furent dans les shows télévisés tels que Chapeau melon et bottes de cuir ou Thunderbird. Et puis lorsque je vis la toute première version de King Kong à la TV, je fus littéralement subjugué. A partir de ce jour-là, je me suis intéressé à toutes les choses surréalistes ou fantastiques. Mais ce n’est pas un comportement extraordinaire car il est lié à l’enfance. Comme tous les enfants du monde, je rêvais d’évasion
Parlons de votre dernier film, ce qui surprend rapidement, c’est dans l’attitude du serial killer qui conserve les traces de ses méfaits. Vous souhaitiez nourrir le scénario ou aviez-vous fait une quelconque recherche ?
Il y a eu effectivement de nombreuses recherches autour de l’aspect serial killer. Nous avons collaboré avec un ancien détective, John Douglas, qui fut à l’origine des études sur le profiler. Le tueur dans The Lovely Bones est purement fictif mais nous lui avons donné des caractéristiques propres à différents sérials killers et en cela Douglas a été très important. Même si ce personnage est cinématique, il en ressort une forme de réalisme qui se traduit par son côté invisible. Il est ordinaire, il est monsieur tout-le-monde ! Souvent ils appartiennent à une communauté et ne présentent aucun signe de schizophrénie. Derrière cette apparence de respectabilité se cache un monstre et c’est ce qui m’intéressait dans The Lovely Bones. Autre chose, il faut savoir que le serial killer se croit supérieur aux agents fédéraux, à la police. John Douglas nous a rejoint en Pennsylvanie durant le tournage et a joué le jeu d’interviewer M. Harvey, interprété par Stanley Tucci. Il fallait voir Tucci manipuler Harvey face à Douglas qui caressait la fiction. Ce n’était pas scénarisé mais c’était tout bonnement incroyable.
Comment avez-vous travaillé la bande originale du film ?
Je ne voulais pas une BO traditionnelle, je pensais plutôt à une musique qui soit liée à l’image comme le fait continuellement Martin Scorsese. D’ailleurs, durant l’écriture du scénario, nous avions en tête des exemples précis de musique pour chaque séquence. Et puis un jour, nous pensions à deux chansons de Brian Eno. Nous l’appelons pour lui en demander les droits et là, il se met à nous poser quelques questions autour du film. Dans la foulée, il achète le bouquin et quelques jours plus tard, il me rappelle en me posant cette question : « Avez-vous trouvé un compositeur ? ». Et c’est comme cela que Brian Eno a travaillé sur le film. Le son d’Eno, c’est la quintessence des années 70 et cela collait parfaitement à l’atmosphère et à la période du film. Travailler avec Eno fut enrichissant car il ne voulait pas lire le scénario, juste voir des photographies de plateau et quelques scènes. Il voulait en quelque sorte répondre au concept artistique de mon film par une émotion pure. Il y a une fluidité musicale qui s’en dégage et dont j’apprécie particulièrement sa teneur.
Pourquoi avoir adapté ce roman où la segmentation entre deux mondes (réel et surréaliste) est omniprésente ?
Je crois que le plus difficile fut d’imaginer et de filmer l’entre-deux mondes, car ce n’est pas tant le Paradis que je montrais. Pour répondre à votre question, cette histoire m’intéressait car je voulais grandement montrer la psychologie de Susie à travers ce monde quasi surréaliste et qui est finalement la représentation de la nature de Susie. Vous comprenez ? Il ne reste plus rien du corps physique de Susie mais il y a une chose qui persiste et qui déambule dans ce monde surréaliste, c’est sa force vitale. C’est cela qui m’a sensibilisé. Je filmais son subconscient et j’insistais sur sa vitalité, sur sa drôlerie et c’est pour cela que ce monde est défini par son esprit. Ce puzzle devait être soutenu par une forte construction narrative et surtout par le subconscient de Susie !
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